La nuit s’installe. Un souffle de sacqueboute, ancêtre du trombone, fend alors le silence. Une musique venue d’Amérique latine résonne sous les cintres, se propage dans la salle et provoque un envoûtement immédiat. Dès lors, La rêverie prend forme dans une grotte imaginaire, au cœur d’une forêt peuplée d’êtres chimériques, mi-animaux, mi-végétaux.
Apparitions nocturnes

Puis, une lumière, d’abord discrète, tamisée, laisse entrevoir. Trois musiciens comme suspendus dans les airs, semblant ainsi flotter sur un nuage gris. Au sol, une silhouette se dessine. Grimé et costumé au point d’être presque méconnaissable, François Chaignaud danse avec la précision et la grâce qu’on lui connaît. Habité, possédé par la musique, il tourbillonne comme un elfe des bois ou une chimère.
Un autre souffle, une autre cadence, et une nouvelle figure apparaît. Dans une grotte fantasmée, tout droit imaginée de quelques légendes, de quelques mythes, Nadia Larcher, figure emblématique de la scène musicale de Buenos Aires, lovée sur elle-même, déploie sa voix ample et profonde. Trois autres musiciens l’accompagnent. Chacun jouant d’un instrument typique des musiques latino-américaines ou baroques. Ensemble, leurs chants et leurs gestes donnent naissance à un monde inédit, nourri des folklores argentins et péruviens, mais aussi des obsessions baroques et écologiques de Nina Laisné.
Les six instrumentistes rejoignent bientôt les deux artistes. Ils tournent autour d’eux, esquissant des farandoles. Les corps se fondent, les voix s’enlacent aux notes, les gestes se chargent de résonances à la fois anciennes et futuristes. Au fil de cette traversée se révèle Último helecho, la dernière fougère en espagnol, ode à la nature, à la vie et aux arts vivants.
Le feu de la transe

François Chaignaud est maintenant drapé d’un manteau de laine bouillie qui évoque certaines divinités incas ou maya. Botté d’or comme un conquistador, il frappe le sol de ses talons avec fracas. Le flamenco s’enflamme, la musique se densifie et la transe s’impose. Les huit artistes se rejoignent, procession hypnotique qui emporte le public bien au-delà du plateau et de son ancrage terrestre.
Dans l’étreinte finale avec Nadia Larcher, tout culmine. La danse s’embrase, le chant s’élève avec une puissance saisissante. La beauté surgit alors, déroutante et profonde, au carrefour du folklore et du baroque. Último helecho s’impose comme une performance totale, déroutante, éclatante d’émotion et d’étrangeté, où chaque instant semble frôler l’irréel.
Último helecho de Nina Laisné, François Chaignaud et Nadia Larcher
créé le 19 juillet 2025 au Volkstheatre de Vienne (Autriche) dans le cadre d’Impulstanz et présenté en avant-première française à Château Rouge – scène Conventionnée d’Annemasse dans le cadre du Festival de La Bâtie
durée 1h10
Tournée
12 septembre 2025 au Oriente Occidente Festival, Roveroto
17 et 18 septembre 2025 à l’Opéra de Lyon, dans le cadre de la Biennale de la Danse
1er au 3 octobre 2025 au Maillon – Théâtre de Strasbourg – Scène européenne, dans le cadre du Musica Festival
5 octobre 2025 à La Filature de Mulhouse, dans le cadre du Musica Festival
14 et 15 octobre 2025 au 2 scènes, Scène nationale de Besançon
26 au 30 novembre 2025 au Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
6 décembre 2025 au Concertgebouw, Bruges
14 janvier 2026 au Quai – Angers en collaboration avec le CNDC.
Conception, direction musicale, scénographie et mise en scène de Nina Laisné
Chorégraphie, collaboration artistique et performance – François Chaignaud
Conseil musical, collaboration artistique et performance – Nadia Larcher
Sacqueboute ténor, serpent et flûte – Rémi Lécorché
Sacqueboute ténor – Nicolas Vazquez
Sacqueboute basse et wacrapuco – Cyril Bernhard / Joan Marín (en alternance)
Bandonéon – Jean-Baptiste Henry
Théorbe et sachaguitarra – Daniel Zapico
Percussions traditionnelles – Vanesa García
chorégraphe associé – Néstor ‘Pola’ Pastorive
Création lumière d’Abigail Fowler