Une petite voiture abandonnée, quelques poutres au sol et de la fumée qui s’élève dans une atmosphère que l’on devine forestière… C’est un paysage vaguement inquiétant, qui se dresse sur la scène. Pas exactement le lieu où l’on rêverait de poser ses valises. Pourtant c’est ici, au bord de l’océan, que Karlota (Muranyi Kovacs), une charpentière solitaire et vulgaire, a décidé d’édifier sa maison. La vieille femme rêve d’une devanture en bois brûlé. Peu à peu, la façade noirâtre se matérialise au plateau.
Quatre-vingt-dix ans d’intrigue

Écrit sur-mesure par le jeune auteur Marcos Caramés-Blanco (également à l’œuvre dans le très beau Alann et Valentin), cette fresque singulière joue à alterner les registres, tantôt comique, tantôt horrifique. Sauf que la mise en scène de Jonathan Mallard, maladroite, fonctionne par petites touches et multiplie à l’infini les digressions. La présence de nombreux personnages secondaires (vingt-quatre au total), parfaitement anecdotiques pour la plupart, n’aide pas à y voir clair dans l’intrigue. Citons cette éphémère technicienne EDF, ou cette jeune parisienne, dont les réparties sont si grossièrement écrites que cela en devient embarrassant. Ces scènes — nombreuses, au regard des deux heures de spectacle — se noient dans la masse des twists d’une intrigue principale censée se dérouler sur 90 ans.
Rapidement, le peu vraisemblable personnage de Karlota disparaît et cède la place à un autre, Sebastian (Raphaël Mars). Débarqué de Paris, le jeune homme souffre d’une maladie qui doit lui faire perdre la vue — il finira par s’isoler et mourir dans la maison à la façade de bois brûlé. Dans une rapide dernière partie, le cabanon hanté devient le plateau de tournage d’un film d’horreur, dont les comédiens sont les trois principaux acteurs. Pour revenir au point de départ, sans doute, de cette drôle d’histoire de transmission.
Horreur ? Méta ? Les deux ?

Reste qu’à alterner ainsi entre les personnages, les intrigues et les registres, Jonathan Mallard détourne son spectacle jusqu’à nous en faire oublier son propos. Récit sur la manière dont les lieux nous conditionnent ? Réflexion sur ce qui fonctionne dans le « cinéma de genre » ? Comédie grossière en milieu très rural ? Bois brûlé semble être tout cela en même temps.
Quant à l’horreur — que l’on aurait souhaitée plus premier degré —, quelques frissons sont bien distillés ici et là : tantôt un personnage qui apparaît par surprise sur le bord du plateau, tantôt une technicienne (Romane Larivière) qui projette ce qui ressemble à une coulée de sang sur un mur. Las, ces incursions bienvenues dans le domaine du terrifiant s’évanouissent toujours vite (quel dommage !), pour replacer sans cesse le récit dans le giron d’une mauvaise série B.
Envoyée spéciale à Reims
Bois brûlé de Marcos Caramés-Blanco
Comédie de Reims
Du 10 au 17 décembre 2025
Durée : 2h.
Tournée
Le 15 janvier 2026 à L’Archipel – Pôle d’action culturelle de Fouesnant-les Glénan
Les 25 et 26 mars 2026 à la Comédie de Caen — CDN de Normandie
Mise en scène de Jonathan Mallard.
Avec Muranyi Kovacs, Raphaël Mars, Julia Roche.
Scénographie d’Izumi Grisinger
Création lumières de Rosemonde Arrambourg.
Composition musicale de Raphaël Mars.
Création son de Louise Prieur.
Création costumes de Noé Quilichini.
Régie générale et plateau – Romane Larivière.
Construction décor – Ateliers de la Comédie de Caen.