A Love Suprême - Xavier Durringer - Dominique Pitoiset - Nadia Fabrizio © Mirco Magliocca
© Mirco Magliocca (création Décembre 2018)

A Love Suprême : Le bel adieu de  Xavier Durringer

Au Théâtre 14, ce magnifique monologue, spécialement écrit pour la comédienne Nadia Fabrizio en 2018, à la demande de la compagnie Pitoiset, vient aujourd’hui comme un hommage rappeler la puissance de l’écriture du dramaturge décédé en octobre dernier.
7 janvier 2026
Ecouter cet article

Xavier Durringer aimait donner la parole aux cabossés de la vie, en marge de la société. Bianca, qui s’était rêvée un beau destin sous les feux de la rampe, est de cette race-là. Ce coup du sort, prévisible pourtant, elle ne l’avait pas vu venir. Jugée trop vieille, Bianca doit quitter sa boîte. Pas n’importe laquelle, un peep-show de Pigalle, baptisé en hommage au jazzman John Coltrane, A Love Suprême. L’accent circonflexe a été rajouté par les nouveaux propriétaires incultes et responsables de sa mise au placard.

« Moi, j’ai pas de rêves. Enfin j’en ai plus.
J’en avais, mais je les ai tous perdus en route. Comme on perdrait ses clefs. »

Dans ce vestiaire trop froid et informel, Bianca s’apprête, le cœur lourd, à ranger dans des sacs ses accessoires et costumes de scènes. Ceux qu’elle effeuillait avant de terminer en nu intégral. Elle déroule le fil de ces trente-deux ans passés sous les néons et le regard des hommes. Xavier Durringer trace avec amour un somptueux portrait de femme prise dans la spirale de ses illusions perdues et des mutations de la société. À travers ses souvenirs, écrits dans une langue poétique, où chaque mot dessine une image, une sensation, une émotion, l’auteur fait surgir un petit monde, celui de la nuit, de Pigalle, d’un Paris en voie de disparition.

Le metteur en scène, Dominique Pitoiset, a fort bien saisi la force cinématographique que génèrent les mots de Bianca. Il a choisi l’épure – un décor simple, un habillage de lumière et de musique – pour laisser briller, dans une direction précise de gestes et de mouvements, ce personnage digne d’une Gena Rowlands ou d’une Anna Magnani. S’emparant avec une grande sensibilité des maux, mais aussi des joies de cette femme, dans une interprétation de toute beauté, Nadia Fabrizio s’y révèle dans toute sa splendeur et son humanité. C’est admirable.


A Love Suprême de Xavier Durringer
Théâtre 14 – Paris
Du 6 au 24 janvier 2026
Durée 1h15.

Mise en scène Dominique Pitoiset
Avec Nadia Fabrizio
Lumières Christophe Pitoiset
Conception son Emmanuel Léonard.
Conseil perruques et maquillages Cécile Kretschmar
Costume Nadia Fabrizio.
Texte paru aux Éditions Théâtrales
.

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.