Depuis L’Atelier, pièce couronnée de deux Molières en 1998 (auteur et œuvre du répertoire) qui le fit connaître du grand public, Jean-Claude Grumberg a fait sien cet aphorisme : « Rire et pleurer ensemble ». Ce « pauvre orphelin » n’a pas son pareil pour aborder, avec un humour subtil et poétique, des sujets graves comme la Shoah, l’antisémitisme, les relations filiales, la maladie, la vieillesse et la mort. Sa nouvelle pièce, Dans le couloir, raconte la vie d’un couple âgé face au retour chez eux de leur fils quinquagénaire.
Un grain de sable dans l’ordre des choses

Ils sont drôles, ces deux petits vieux qui semblent sortis de la chanson de Jacques Brel. La pendule ronronne certainement au salon. « Leurs gestes ont trop de rides » et c’est main dans la main qu’ils vivent leurs routines quotidiennes. Cela fait longtemps que les enfants, petits-enfants et même arrière-petits-enfants ne viennent plus les voir. Alors, quand le fils aîné aux cheveux blancs revient s’installer chez eux, dans sa chambre d’enfant, c’est le branle-bas de combat. Mais ce dernier refuse de les voir et de leur parler.
Cherchant à comprendre pourquoi, ils font le bilan de leur vie, s’engueulent, se soutiennent, se chamaillent. Jean-Claude Grumberg a très finement mis en place ces deux personnages. Lui est un ancien magistrat : l’impartialité et le jugement sont ses fondements. Souvent absent, il est passé à côté de ses enfants. Elle, toute en rondeur de mère poule, a sûrement été trop présente et pressante.
Un duo de choc

Canne à la main, perruque vissée sur le crâne, les kilos en trop portés avec panache, Christine Murillo est délicieuse en petite vieille qui ne mâche pas ses mots. Elle ferme son appareil auditif comme elle porte son dentier : quand elle en a envie. La comédienne est impayable lorsqu’à travers la porte, telle une « Moman » en détresse, elle s’adresse à son grand garçon comme à l’adolescent qu’il fut autrefois.
Droit dans ses chaussons, élégant même en robe de chambre, Jean-Pierre Darroussin est aussi drôle que bouleversant. Il donne à ce personnage austère des tonnes d’humanité, surtout lorsqu’il avoue, bien trop tard, tout l’amour qu’il portait à son fils.
Une mise en scène au cordeau
Charles Tordjman connaît bien l’univers de Jean-Claude Grumberg. On lui doit les très belles mises en scène de Votre Maman, Moi je crois pas, L’être ou pas, Ça va ? et Vers toi terre promise. Là encore, il réalise un magnifique travail. Dans ce couloir conçu en perspective, il y a trois portes : l’une mène à la cuisine, les autres aux chambres, dont celle du fils, dont la poignée est située à hauteur d’enfant. Deux chaises occupent l’espace. Surgissant parfois sans crier gare, les va-et-vient des petits vieux sont réglés minutieusement. Le texte de Grumberg y résonne formidablement. Du grand art.
Dans le couloir de Jean-Claude Grumberg
Théâtre Hébertot – Paris.
Du 24 janvier au 19 avril 2026.
Durée 1h20.
Mise en scène de Charles Tordjman assisté de Pauline Masson.
Avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo
Décor de Vincent Tordjman
Lumière de Christian Pinaud
Costumes de Anne Yarmola
Musique de Vicnet.
Texte paru aux éditions Acte-Sud Papier.