Pour ce spectacle, Arno Wögerbauer, co-fondateur de la compagnie Les Maladroits, a puisé dans ses souvenirs d’enfance en Autriche, du côté de son père. S’adossant solidement au texte écrit par Marion Solange-Malenfant et à la co-mise en scène de Benjamin Ducasse, le comédien interroge avec une grande sensibilité l’histoire de sa famille, de son engagement dans le nazisme, de ses silences et pose la question : « Quand vous disiez que vous ignoriez, étiez-vous bien certains ? »
De la mélodie du bonheur…

Lukas, le double fictionnel d’Arno Wögerbauer, s’avance vers nous vêtu d’une combinaison blanche comme la neige et verte comme les sapins. Avec la candeur de l’enfance, il raconte ses petits plaisirs du moment, le foot, le ski, les saucisses aux fromages et son grand-oncle Joseph. La puissance clownesque du comédien apporte alors au récit une poésie malicieuse.
La scénographie est aussi éclatante que le paysage ludique d’une station de ski où il fait bon dévaler les pentes entre les sapins. Les trouvailles pour inscrire le propos (sapins miniatures, boîtes d’allumettes…) déclenchent les éclats de rire. Ce récit des joies du quotidien d’un gamin de 1999, protégé du monde, de son histoire et de ses horreurs, donne le terreau à l’effondrement émotionnel qu’il va traverser une fois adulte.
Au champ de ruine
Même si à l’adolescence, découvrant que sa langue paternelle était celle des nazis, il ne l’a plus pratiquée, il a continué à aimer Joseph, parce qu’il n’y avait pas de « nazis notoires » dans la famille. À la mort de celui-ci, Lukas revient dans le petit village autrichien pour ranger le chalet. Il trouve dans le grenier un coffre où étaient conservés les souvenirs de jeunesse de son tonton chéri. Le passé, si longtemps enterré et enfoui, s’étale maintenant devant lui.

Des jeunesses hitlériennes à son engagement dans la Wehrmacht, Lukas remonte le fil de l’histoire de Léopold. Issu d’un milieu social pauvre et rural, il pris part à la guerre. Enrôlé dans l’armée allemande à la fin de la guerre, il combat en France puis, devenu socialiste, il appartient à la classe moyenne aisée et poursuit sa vie tranquillement. Un seul regret, avoir perdu le grand amour de sa vie, à cette époque où il ne faisait pas bon être homosexuel.
Un remarquable travail
Le ton change sur le récit et sa mise en espace. Au fil de ses découvertes, Lukas se libère petit à petit de sa combinaison de ski, qui se transforme en culotte de cuir tyrolienne, en uniforme… La scénographie se fait plus sombre. Papiers dessinés, carnets, briquets, boîtes et allumettes vont accompagner la narration. Le passage sur le camp de Mauthausen, où tous les morts sont évoqués par le déversement de ces milliers d’allumettes, saisit par sa force évocatrice. Passant d’un personnage à l’autre, manipulant les objets de ce monde miniature, Arno Wögerbauer nous entraîne avec grand talent dans ce saut mémoriel. C’est magnifique.
Une histoire autrichienne, de la Compagnie Les Maladroits
Création le 3 mars 2025 au THV, scène conventionnée de Saint-Barthélémy-d’Anjou
Vu au Mouffetard, CNMa – Paris
Du 10 au 18 avril 2026
Durée 1h15.
Tournée
27 au 30 avril 2026 au Trident, Scène nationale de Cherbourg
8 et 9 juillet 2026 au Festival Récidives – Le Sablier, CNMa – Dives-sur-mer
8 et 9 août 2026 au Festival Mima – Mirepoix.
Texte : Marion Solange-Malenfant
Mise en scène et direction d’acteur : Benjamin Ducasse
Mise en scène et jeu : Arno Wögerbauer
Scénographie : Tiphaine Monroty
Création lumières : Jessica Hemme
Création sonore : Erwan Foucault
Costumes : Sarah Leterrier
Construction : Benjamin Ducasse, Louise Moreau et Benjamin Vigier
Régie générale et logistique : Azéline Cornut.