L’action de Rêver debout pourrait se passer lors d’un confinement. Cet enfermement, qui contraint à porter un autre regard sur l’existence, favorise les dialogues intérieurs. Ce temps suspendu offre aussi l’occasion de se plonger dans les grandes œuvres, ces « pavés » qui accompagnent toute une vie, comme le Don Quichotte de Cervantès. De cette lecture naît une rencontre inattendue : une femme d’aujourd’hui s’adresse directement à l’écrivain espagnol, convaincue que les questions soulevées au XVIIᵉ siècle résonnent encore avec celles de notre temps.
C’est par cette phrase que démarre le spectacle : « Monsieur de Cervantes, je vous le dis tout net, je ne suis pas d’humeur à rire, et les façons dont vous traitez votre Quichotte ne sont pas de mon goût. ». Elle se termine ensuite sur ces magnifiques mots : « Car c’est grâce aux brèches ouvertes par le Quichotte et les allumés de son espèce dans les murs qui nous cernent, que notre monde reste encore vivable et encore désirable. Monsieur de Cervantes, merci. »
Pendant une heure, le temps semble abandonné à une pensée qui emprunte les chemins d’une réflexion pertinente sur l’humanité, sur ces combats contre ces moulins à vent et sur cette quête d’un bonheur toujours hors de portée… Ciselé pour la scène par Dominique Lurcel (Une saison de Machettes), le manifeste aussi cocasse que prodigieux de Lydie Salvayre nous entraîne au cœur de l’œuvre de Cervantes pour en comprendre les enjeux et en savourer toute la richesse. La scénographie délicate, aux couleurs chaudes d’un salon familier, offre un écrin intime à la remarquable interprétation d’Élise Moussion. Une belle réussite.
Rêver debout, d’après le livre de Lydie Salvayre (Éditions du Seuil)
Spectacle vu le 29 avril 2026 au Théâtre de l’Uchronie – Lyon
Artéphile – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 10h45, sf dimanche
Durée 1h.
Version scénique et mise en scène Dominique Lurcel
Interprétation Élise Moussion
Création lumières Alexandre Bazan.



