Après Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac, c’est au tour de Nicolas Sarkozy et François Hollande d’être croqués dans cette joyeuse fresque historique. Si tout semble opposer ces deux présidents de la Ve République, tant par leur style que par leurs convictions, ils ont en commun d’avoir, chacun à leur manière, contribué à désacraliser la fonction présidentielle. Pour représenter cette fracture, Léo Cohen-Paperman, optant pour trois seuls en scène, imagine un « Sarkhollande show » mené à un rythme d’enfer.
L’autocentré

Le stand-up est sans doute la forme comique qui sied le mieux à Nicolas Sarkozy. Hérité des États-Unis, ce format permet à l’humoriste de s’adresser au public directement, d’une manière spontanée, quasi improvisée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les comedy clubs aient connu, sous sa présidence, de 2007 à 2012, un essor spectaculaire, offrant à toute une génération d’humoristes, souvent issus de la banlieue et de l’immigration, une véritable tribune pour faire entendre leur voix.
Fils d’immigré hongrois et ancien maire de Neuilly-sur-Seine, Nicolas Sarkozy a imposé un style inédit dans la vie politique. Sans être « wesh-wesh », il assumait une image « bling-bling » et sa présidence avait parfois l’allure d’un reality-show bien orchestré.
Nicolas Sarkozy entre donc en scène, micro à la main, sous un tonnerre d’applaudissements qu’il déclenche lui-même. Il ne quittera pas le devant de la scène, qu’il arpente de sa démarche sautillante. À la manière des stand-uppers, il raconte son quinquennat, ses amours, ses emmerdes, ses dérapages verbaux…
Porté par l’excellent Clovis Fouin, plus vrai que nature, le spectacle finit par produire une certaine lassitude. La répétition des codes du stand-up, tout comme la personnalité de l’ancien président, y contribue.
Le comediante tragediante

Le rideau de scène s’ouvre sur François Hollande. On s’attendait à ce que son entrée se déroule sous des trombes d’eau. C’est grimé en clown, vêtu d’un veston trop large, qu’il fait son apparition, déclenchant les rires du public. L’art clownesque, maîtrisé à merveille par Valentin Boraud, autorise la mise en avant pathétique d’un homme qui avait promis d’être un « président normal » et qui s’est retrouvé souvent dépassé par les événements.
Ce choix de mise en scène permet également d’aborder avec délicatesse la part tragique du quinquennat, marquée par la vague d’attentats qui a frappé la France. Le magnifique discours de François Hollande après les attentats du 13 novembre clôt ce chapitre, révélant un homme éprouvé qui choisira ensuite de ne pas briguer un nouveau mandat. Une page de notre histoire politique se referme.
Une femme prise entre deux feux

L’autre objectif de cette série est de traverser les mutations de la société française à travers l’histoire d’une famille sur quatre générations. Pour le diptyque consacré à Sarkozy et Hollande (2007-2017), la question de l’identité nationale s’impose comme fil conducteur. Pour clore le spectacle, Léo Cohen-Paperman opte pour une forme plus intime. Juchée sur une estrade, drapée comme une Marianne, Leïla Merabet se raconte. Fille de l’immigration nord-africaine, la jeune avocate a grandi dans une cité, avant de s’installer dans les beaux quartiers. Elle s’est parfaitement intégrée dans la société. Mais à quel prix ?
La comédienne Ada Harb, dans une interprétation très sensible, fait entendre les questionnements, les doutes et les espérances d’une jeune femme de son époque, où la diversité peine encore à trouver sa juste place.
Au cœur du théâtre
Ce chapitre dense de notre histoire, pas si lointaine, est une réussite. Les souvenirs affluent. Les réflexions sur l’avenir se faufilent. Autre fil conducteur de cette ambitieuse saga, son hommage au théâtre dans toute sa richesse. Léo Cohen-Paperman pose aussi la question du vivre-ensemble dans la comédie humaine. C’est remarquable.
Sarkhollande (comédie identitaire) de Léo Cohen-Paperman
Théâtre 13 / Bibliothèque – Paris
Du 4 au 20 juin 2026
Durée 1h40.
Du 4 au 23 juillet 2026 à 10h, sf vendredi au Théâtre du Train Bleu – Festival Off Avignon.
Tournée 2026-2027
20 septembre 2026 au 4 avril 2027 au Théâtre La Pépinière – Paris
25 novembre 2026 à la MJC Calonne, Sedan (08)
3 décembre 2026 à la Halle aux Grains – Blois (41)
15 décembre 2026 au Théâtre du Cormier – Cormeilles en Parisis (95)
22 janvier 2027 à La Faïencerie – Creil (60)
28 janvier 2027 au NEST – Thionville (57)
4 février 2027 au Parvis – Tarbes (65)
5 au 6 février 2027 à la Scène Nationale Sud Aquitain – Bayonne (64)
3 mars 2027 à L’Avant Scène – Cognac (16)
11 et 13 mars 2027 au Le Fil de l’Eau – Pantin (93).
L’ensemble des épisodes de la série Huit rois (nos présidents) créés dont seront au théâtre La Pépinière (Paris) à partir de septembre 2026.
Texte : Julien Campani, Léo Cohen-Paperman et Clovis Fouin
Mise en scène : Léo Cohen-Paperman
Collaboration à la mise en scène : Esther Moreira
Collaboration artistique (clown de F. Hollande) : Valentin Boraud, Julien Campani
Avec Valentin Boraud, Clovis Fouin et Ada Harb
Scénographie : Anne-Sophie Grac
Costumes : Manon Naudet
Maquillage et coiffures : Pauline Bry
Lumières – : Léa Maris
Création sonore – Lucas Lelièvre
Régie générale – Thomas Mousseau-Fernandez, régie lumière – Zélie Carasco