Avignon s’ouvre, les crédits se ferment

Édito du 06/07/2026
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Samedi 4 juillet, Catherine Pégard inaugurait la 80ᵉ édition du Festival d’Avignon. À la Maison Jean Vilar, où elle a fait une pause avant de se rendre à la Cour, découvrir Maldoror de Julien Gosselin, la CGT-Spectacle l’accueillait sous les huées. La veille, le Syndeac et les principales organisations professionnelles révélaient que vingt-huit théâtres, opéras et établissements culturels voient une partie de leurs crédits gelée. Si c’était confirmé, certains mettent en garde et estiment qu’ils pourraient ne pas ouvrir leur saison avant janvier 2027.

La ministre promet de « préserver la création ». Son cabinet annonce le versement prochain de 40% des crédits encore bloqués. Restent 10%, suspendus aux arbitrages de Bercy. Une annonce présentée comme rassurante, qui ne fait pourtant que confirmer une triste réalité : la culture continue de servir de variable d’ajustement. En un an, son budget a déjà perdu près de 173 millions d’euros.

Les conséquences, elles, sont immédiates. Des créations reportées, des tournées annulées, des équipes qui se disloquent, des artistes qui quittent l’intermittence faute de contrats. Un festival ne surgit pas par magie au mois de juillet. Il est le fruit d’un travail invisible mené toute l’année dans les théâtres, les centres dramatiques, les opéras, les compagnies. En fragilisant ces fondations, c’est l’ensemble du paysage artistique que l’on fissure.

Le même jour, l’Opéra de Paris annonçait que le chantier du Palais Garnier durerait finalement cinq ans, jusqu’en 2032. Il faut retirer le plomb de la cage de scène avant de pouvoir continuer à jouer. Étrange coïncidence. Pendant qu’une institution ferme temporairement pour assainir ses murs, l’État laisse s’intoxiquer tout un secteur faute de moyens.

À Avignon, le débat ne se résume plus à quelques crédits gelés. Il tient désormais en un chiffre : 1%. C’est la part du budget de l’État que réclament les professionnels pour la culture. Aujourd’hui, elle plafonne à 0,7%. Trois dixièmes de point. Une économie dérisoire à l’échelle des finances publiques. Un gouffre pour celles et ceux qui créent. La vraie question n’est plus combien coûte la culture. Elle est de savoir combien coûtera le jour où il n’y en aura plus assez pour faire société.

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