Effondrée sur une chaise, à demi consciente et le corps épuisé, Adél Juhász est presque impassible face aux spectateurs qui prennent place. Dans une enceinte juste à côté d’elle, quelques sons, voix et notes se devinent, tout bas. Un mix entêtant entre sonorités vintage, bruitages, courtes phrases musicales façon jeu vidéo et paroles prononcées dans un micro d’un autre temps. Une boucle d’une minute vingt qui se répète, inlassablement, et commence à s’affirmer de plus en plus dans l’environnement sonore. Plus le volume monte, plus la chair de la danseuse semble vaciller dangereusement. La répétition est abrutissante, c’est aussi l’impulsion du mouvement comme tentative de rebondir.
Adél Juhász se laisse gagner par une forme de transe qui la tire hors de sa chaise. Maladroits, incertains, ses membres répondent à plus fort qu’elle et lui font traverser l’espace, suivant des lignes qui n’ont rien d’académique. Des murs au sol, la chorégraphe se fait balader comme une marionnette sans fil, à coups de soubresauts et de tentatives avortées. Une interprétation subie en apparence, dont elle reprend peu à peu la main. Très vite, tout s’inverse et son intention propre détermine les gestes et les regards. S’engage alors un dialogue, qui reviendra comme un leitmotiv, entre ce qui est évidemment écrit et ce qui paraît tenir de l’accident.
Étrange atmosphère
Cette sensation d’imprévu n’a pourtant rien d’un hasard. Elle est à la base du lien qu’Adél Juhász cherche à établir avec le public. I need help immediately n’est pas un appel à l’aide, c’est la pensée prémonitoire que l’artiste prête aux spectateurs venus voir une femme qui n’entre pas tout à fait dans les normes. Une femme qui a pleine conscience de ce que son corps, a fortiori dénudé, implique dans le regard de l’autre. Alors elle fait le choix d’en jouer, quitte à laisser penser qu’elle est déconnectée de toute réalité.
Sa performance est pleinement habitée et s’amuse de cette frontière toujours glissante entre l’écrit et l’impromptu, révélatrice d’une fragilité et d’une vulnérabilité, réelles ou fantasmées. Délaissant finalement le travail du corps pour celui du texte, elle adresse en fin de représentation une confession un peu trop lisible au regard du reste de la pièce. Mais là encore, c’est l’étrangeté qui prime, dans une atmosphère perdue entre présent tangible et temporalité fictive. Un entre-deux cultivé avec soin, dans l’écriture comme dans l’interprétation, et qui laissera quoiqu’il arrive cette interminable boucle tourner dans les esprits jusqu’à en perdre la tête.
I need help immediately d’Adél Juhász
Création 2025
Vu avec la Sélection Suisse en Avignon, à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon
Du 9 au 20 juillet 2026
Durée 1h
Tournée
13 et 14 novembre 2026 – Trafó – House of Contemporary Arts, Budapest, Hongrie
4 au 7 mars 2027 – Les Printemps de Sévelin, Arsenic – Centre d’art scénique contemporain, Lausanne, Suisse
Concept, chorégraphie et performance – Adél Juhász
Création son – Márton Csernovszky
Création lumière et direction technique – Tiki Bordin
Assistanat et regard extérieur – Csaba Molnár
Dramaturgie – Anne-Laure Sahy
Costumes et scénographie – Csenge Vass



