Le circuit ordinaire - Jean-Claude Carrière - Alexandre Tchobanoff © Michel Eid
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Le circuit ordinaire : L’édifiante pièce de Jean-Claude Carrière résonne toujours

Au Théâtre du Girasole, à Avignon, le metteur en scène, d’origine bulgare, Alexandre Tchobanoff, met en scène avec pertinence ce texte du grand dramaturge, écrit en 2002. A travers cette œuvre, l’auteur dénonce les mécanismes du totalitarisme fondés sur la délation, la manipulation et la peur. 
13 juillet 2026
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Un régime totalitaire exerce un contrôle absolu sur la vie politique, sociale, économique et culturelle grâce à la propagande, et souvent à une politique de terreur. S’appuyant sur la police mais aussi sur un « circuit ordinaire » impliquant les citoyens eux-mêmes. Ceux-ci leur rapportent les faits et gestes de leurs voisins, de simples inconnus, voire même des membres de leur propre famille, faisant de la délation un rouage essentiel du système. 

Un dialogue ciselé
Le circuit ordinaire - Jean-Claude Carrière - Alexandre Tchobanoff © Michel Eid
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Dans cette pièce, Jean-Claude Carrière met face à face deux personnages simplement désignés comme le Commissaire et le Rapporteur. Le premier, qui vient de prendre ces fonctions, a convoqué dans un lieu discret cet indicateur zélé qui, depuis quinze ans, consigne et rapporte tout comportement suspect. Mais un détail vient troubler cet interrogatoire :  son propre dossier est rempli de lettres de dénonciation le visant. Pas de problème, répondra-t-il, puisque c’est lui-même qui les a envoyées. Par ce procédé, digne du théâtre de l’absurde, Jean-Claude Carrière met en lumière l’un des mécanismes les plus pervers et les plus nauséabonds des régimes totalitaires. 

Fin observateur de l’âme humaine et de ses contradictions, Jean-Claude Carrière livre une démonstration aussi subtile que grinçante des ressorts de la délation. En cela, le rapporteur expert des faux semblant parvient peu à peu à semer le doute dans l’esprit du Commissaire. Les silences occupent également une place essentielle dans cette confrontation, admirablement portés par les regards, les gestes et les attitudes des deux protagonistes. Car dans ces pays totalitaires, il faut savoir se taire, mais également savoir interpréter ce qui n’est pas dit, sous peine de devenir, à son tour, la victime d’un système où l’arroseur finit inévitablement arrosé.

Un duo d’experts

Cette partition se joue sur plusieurs niveaux. Chaque note ou intention a son importance pour en ressentir la progression dramatique. Stéphane Bierry est exceptionnel dans le rôle de ce commissaire débonnaire. Que le représentant de l’ordre soit aux antipodes de ce qu’on attend de lui constitue un choix de mise en scène particulièrement pertinent. Face à lui, le Rapporteur, censé incarner Monsieur tout le monde, se révèle un redoutable manipulateur. Précis et ambigu, Yann Collette lui prête toute l’étendue de son talent. Son interprétation est glaçante.

Une mise en scène remarquable
Le circuit ordinaire - Jean-Claude Carrière - Alexandre Tchobanoff © Michel Eid
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Alexandre Tchobanoff connaît bien le sujet, ayant vécu trente-six ans en Bulgarie, pays alors satellite de l’URSS. Son choix scénographique est particulièrement évocateur : un café dont la vitrine laisse apparaître, une perspective architecturale stalinienne. Ce bistrot désert, qui semble n’ouvrir ses portes qu’à des moments bien précis, devient un espace aussi familier qu’inquiétant. 

Derrière son comptoir, une unique serveuse observe et note en silence. Absent du texte original, ce personnage, entièrement muet, est une création du metteur en scène. L’idée est assez brillante, car cette femme (formidable Prisca Lona) incarne en contrepoint des deux protagonistes l’un des rouages discrets de cet espionnage de masse. Une présence qui rappelle que, dans un régime totalitaire, nul n’est jamais véritablement à l’abri des regards. On conseille vivement ce spectacle qui rappelle combien les valeurs démocratiques demeurent fragiles et méritent d’être constamment défendues.


Le Circuit Ordinaire, de Jean-Claude Carrière
Théâtre du GirasoleFestival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
Durée 1h15

Mise en scène : Alexandre Tchobanoff
Avec : Yann Collette, Stéphane Bierry, Prisca Lona.

Texte paru aux Editions Actes Sud

© LTDD

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