François Cervantes s’installe derrière la table, puis prononce les premiers mots : « Pourquoi et comment je me suis intéressé au clown ? ». On se dit bonne question, mais cela suffira-t-il pour nous tenir en haleine durant une heure ? Oui, parce que l’artiste est un merveilleux conteur, et avant tout un auteur. Sa conférence est un texte ciselé, possédant une dramaturgie forte. Il n’est par ailleurs pas seul en scène : Catherine Germain, comédienne avec laquelle il partage son existence et créé de nombreux spectacles, dont le plus récent est l’excellent Repas des gens, arrive pour ouvrir le champ de cette introspection, s’achevant en une fête théâtrale.
« Arletti est une création, une tentative d’œuvre d’art »
Qui mieux qu’Arletti pouvait venir mettre son grain de sel à cette démonstration sur l’extraordinaire pouvoir poétique du clown ? Vêtue de son grand imper belge, coiffe en tulle avec des pois blancs en guise de tignasse, sur laquelle est posé un minuscule chapeau rouge, maquillage blanc donnant à son visage une certaine dissymétrie, un point rouge au bout du nez, ce personnage, à la voix enfantine, est une référence en la matière. Arletti prend alors la parole pour parler de son double, Catherine Germain. Et après cette intrusion drolatique, la clown s’en va et l’actrice, dépouillée de sa tenue, prend sa place pour témoigner de son vécu avec son personnage. Ensemble, ils auscultent ce magnifique art clownesque qui « écrit avec son corps ». Conçu comme une mise en abîme, le dialogue entre François Cervantes et Catherine Germain est intelligent, authentique, cocasse et sensible. C’est beau.
Envoyée spéciale à Avignon
Le clown comme poème, texte de François Cervantes
Spectacle vu le 13 mars 2026 à sa création au Théâtre des Halles – Avignon
Théâtre des Halles – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 19h, relâche mercredi
Durée 1h.
Avec François Cervantes et Catherine Germain
Texte édité aux Solitaires Intempestifs.



