Dans un angle du carré blanc dessiné au sol qui délimite l’espace, Margaux Amoros est assise derrière ses consoles. Perruque blonde peroxydée sur la tête, elle regarde tranquillement le public s’installer. Elle laisse à chacun le temps de trouver sa place avant que ses doigts n’effleurent les boutons. Un grondement traverse la salle, bientôt happé par une boucle électronique. Le son enfle, le corps réagit. Un muscle frémit, un bras se tend. Peu à peu, le mouvement s’installe.
La pièce se construit par strates, en courtes séquences. Le son change et la danse avec lui. Les bras s’ouvrent, les appuis s’assouplissent, le geste prend de l’ampleur. L’artiste plurielle lance une boucle, investit le carré, l’habite, danse, puis revient aux machines. Peu à peu, le son et le corps entrent en résonance. Le noir finit par engloutir le plateau. La danse s’efface, mais la pulsation continue. Lorsque la lumière revient, Margaux Amoros est toujours là, enfermée dans ce carré qu’elle ne franchira qu’à la fin de l’expérience, lorsque les mots défilant en blanc sur l’écran en fond de scène auront pris le dessus.
Quelque chose pourtant résiste. Certaines séquences accrochent immédiatement. La performeuse impose une vraie présence, une gestuelle singulière qui retient le regard. Mais à peine la danse trouve-t-elle son élan qu’une nouvelle séquence vient en modifier le cours. Certaines entraînent avec elles, d’autres laissent davantage à distance. Le morcellement finit parfois par casser le fil et renforcer l’hermétisme de la proposition.
Après une semaine de résidence, le solo cherche encore son rythme et assume une dimension très expérimentale. Mais lorsque le geste se libère, la répétition change de nature. Le corps, toujours très maîtrisé, se fait plus nerveux, plus instinctif. C’est là que la recherche de Margaux Amoros prend tout son sens, dans cette tension entre la boucle qui contraint et la danse qui tente de lui échapper. Encore en chantier, Underdog laisse entrevoir un univers singulier qui demande encore à s’affirmer.
Underdog de Margaux Amoros
Théâtre de l’Étoile du Nord
les 28 & 29 septembre 2026
durée 1h
Chorégraphie, création musicale et interprétation de Margaux Amoros
Collaboration artistique – Margaux Marielle-Trehouart
Accompagnement technique et régie son – Arnaud Viala
Création costume d’Anna Carraud



