Irénée, commis d’épicerie fantasque et fainéant, est certain d’avoir un talent caché d’acteur. Lorsqu’une équipe de cinéma débarque dans son village, son jour de gloire est arrivé. Il devient alors la proie idéale de l’équipe du film qui voit en lui un parfait Schpountz. Le surnom qu’ils donnent au « couillon qui se croit doué pour le cinéma ». Gonflé d’orgueil, Irénée, muni d’un faux contrat, monte à la Capitale. Pris en pitié par ces mauvais farceurs, il devient accessoiriste de plateau. La chute est sévère mais il s’avère qu’il possède vraiment un don, celui de faire rire. Alors, tout est bien qui finit bien.
Le miroir aux alouettes

Tout comme pour Naïs, Arthur Cachia a pris le parti de laisser l’histoire à l’époque où elle a été écrite. Son adaptation garde ainsi l’authenticité du style de Marcel Pagnol, tout en évitant le pastiche, comme l’accent trop étiré. Là où le film pouvait parfois se faire cruel, sa version scénique s’avère plus délicate. La pièce prend l’allure d’une comédie menée bon train autour d’une farce qui aurait pu mal se terminer.
Un naïf au grand cœur
Le personnage d’Irénée, interprété à l’origine par Fernandel, prend sous les traits du très sensible Arthur Cachia une candeur sincèrement touchante. Il est impayable dans la tirade, déclinée à la manière de celle du nez de Cyrano, « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Sa mégalomanie de Schpountz se convertit très vite en humilité. Celle d’un brave garçon au rêve trop grand pour lui. Si le jeune homme fait au début rire à ces dépens, l’homme aguerri admet que devenir acteur comique est gratifiant. Car, comme le lui explique la scripte Françoise en prenant Chaplin et Molière en exemple : « celui qui fait rire des êtres qui ont tant de raison de pleurer, celui-là leur donne la force de vivre, et on l’aime comme un bienfaiteur… »
Une mise en scène chatoyante

Si par son extraordinaire prestation Arthur Cachia donne toute la saveur à l’univers de Pagnol, sa mise en scène, qu’il co-signe avec Delphine Depardieu, apporte un charme loin d’être suranné. Deux toiles peintes entourent l’espace vide. Par des effets de lumière et les mouvements des accessoires (tables, chaises, portant à roulette de vêtements), elles évoquent les divers lieux de l’action : l’épicerie et la salle à manger de l’oncle Baptiste, une guinguette, le bureau du producteur, un plateau de tournage… Dans cet écrin conçu pour donner du rythme et du mouvement, l’action circule sans temps mort.
Un esprit de troupe
Dans l’esprit du théâtre de tréteaux, les quatre autres comédiens et l’unique comédienne interprètent plusieurs rôles. À la fois l’oncle Baptiste, celui qui aime à dire à son neveu « Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout », et le producteur près de ses sous, l’épatant Axel Blind déploie deux faces de ses talents. Tout comme Milena Marinelli (Kiki de Montparnasse, Crime et châtiment), qui est à la fois émouvante en scripte attentionnée et délirante en starlette prête à tout. L’inénarrable Patrick Chayriguès est à son aise dans une farandole de personnages hauts en couleur. Jean-Benoît Souilh (Le père Goriot) et Simon Gabillet ne sont pas en restent, jouant le registre de la cruauté moqueuse et de la bienveillance avec panache. Le petit monde de Pagnol retrouve à la fois son humanité et cette tendresse dont on ne peut se passer. Bravo.
Le Schpountz de Marcel Pagnol
Lucernaire – Paris
Du 2 septembre 2026 au 10 janvier 2027
Durée 1h25
Adaptation Arthur Cachia
Mise en scène Delphine Depardieu et Arthur Cachia
Avec Axel Blind, Arthur Cachia, Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh
Musique Polérik Rouvière assisté de Loïc De Oliveira
Lumières Didier Brun
Costumes Marion François
Scénographie Emmanuel Charles.



