Le froid s’installe, la colère demeure. Samedi 31 octobre, les manifestants ont à nouveau battu le pavé, avec la jeunesse en première ligne. Dès lundi, certains lycéens reprennent les blocages. Mardi, étudiants et lycéens prolongeront le mouvement, avant la mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre, que plusieurs syndicats du secteur culturel appellent à poursuivre dans la durée. Le Syndeac encourage ses adhérents à faciliter la grève et à partager avec les compagnies accueillies le coût d’éventuelles annulations.
À l’Assemblée, le budget 2027 se débat sur fond de campagne présidentielle. Le vote sur les recettes est attendu mardi, tandis que Catherine Pégard sera auditionnée au Sénat sur les crédits de la culture. Faute de majorité, le gouvernement pourrait recourir au 49.3. Pour le spectacle vivant, les motifs d’inquiétude ne manquent pas.
L’article 88 du projet de loi menace les prérogatives de l’Afdas (Assurance formation des activités du spectacle). L’AAFA (Actrices & Acteurs de France Associés) relaie l’alerte de la CGT Spectacle. Selon le syndicat, le transfert de l’apprentissage vers une plateforme d’État ferait perdre à l’Afdas la gestion de 518 des 700 millions d’euros qu’il administre. Or, faute de crédits, l’organisme a déjà suspendu la plupart des nouvelles prises en charge de formations des intermittents jusqu’au 18 janvier. Leurs demandes ont plus que doublé depuis le Covid, passant de 10 000 à 21 000 par an. Quand le travail manque, se former aide à se maintenir dans le métier.
Plus inquiétant pour le secteur, à l’approche de la présidentielle, et malgré le sursaut avignonnais, la culture peine à trouver sa place dans les discours. Dans Le Monde, Roxana Azimi relève quelques exceptions, dont Jean-Luc Mélenchon, soutenu notamment par Annie Ernaux et Rébecca Chaillon, et Dominique de Villepin, auteur d’un manifeste. Ailleurs, les propositions restent discrètes. Initiée par la productrice Juliette Bompoint et le cinéaste Benoît Labourdette, la Plateforme Culture 2027 confronte les propositions des partis aux attentes du terrain, pour nourrir un débat encore timide.
À Reims, une nouvelle page s’ouvre. David Geselson prendra le 1er janvier la direction de la Comédie, après Chloé Dabert, partie au TNB. Ancien artiste associé, il imagine avec Alice Laloy, Clémence Coullon et Éléonore Barrault un théâtre populaire, ouvert aux familles, où les « pièces d’histoire » dialogueront avec le présent. Malgré les restrictions, les artistes continuent de regarder au loin.