Les programmations des festivals de printemps et d’été continuent de se dévoiler, dessinant une cartographie mouvante, traversée de fidélités et d’apparitions. À Bruxelles, le Kunstenfestivaldesarts (8-30 mai) poursuit son travail de circulation entre disciplines et scènes internationales. On y retrouve des artistes déjà passés par là – Bouchra Ouizguen, Marlene Monteiro Freitas, Maria Hassabi – aux côtés de voix qui y font leur entrée, comme Davi Pontes & Wallace Ferreira, Ewa Dziarnowska ou Cedric Mizero.
À Avignon, l’édition 2026 s’annonce dense, portée par quarante-sept spectacles dont une large part de créations. Tiago Rodrigues maintient une programmation à grande échelle, mêlant artistes familiers et nouvelles invitations. L’ouverture, confiée à Julien Gosselin avec Maldoror, d’après Lautréamont, Roberto Bolaño et Joris-Karl Huysmans, investira la Cour d’honneur comme une traversée des zones troubles de l’âme humaine. Entre passé et présent, l’écriture scénique y fait vaciller les frontières, la vidéo venant intensifier l’hybridation des formes. Parmi les propositions attendues figurent également celles de Jeanne Candel, Rébecca Chaillon, Tiphaine Raffier, Boris Charmatz, ainsi que des artistes internationaux comme Carolina Bianchi, Jaha Koo, Ben Duke ou Trajal Harrell.
Invitée cette année, la langue coréenne traverse une part significative de la programmation. Une dizaine de spectacles en offrent des variations, entre théâtre, danse et formes plus indisciplinées. Cette présence s’inscrit dans un travail engagé depuis plusieurs années autour des langues, avec le souci d’ouvrir des perspectives sans assigner les œuvres à leur origine.
Mais à cet élan, le communiqué d’Avignon Tourisme annonçant l’annulation de l’exposition de Macha Makeïeff, prévue au Palais des papes, vient en troubler l’équilibre. Pensé comme un parcours mêlant des œuvres issues de plusieurs collections, le projet n’a pas pu aboutir, freiné par des contraintes techniques, administratives et budgétaires. Un report est envisagé, sans calendrier arrêté.
Et puis il y a ce qui affleure, en arrière-plan, sans jamais disparaître. Le contexte international continue de peser, lourdement. La fête ne peut faire l’économie d’une pensée pour celles et ceux qui créent dans des territoires traversés par la guerre ou des crises profondes – au Liban, en Irak, en Ukraine, entre autres. Certains artistes seront là, porteurs de leurs récits ; d’autres resteront empêchés. La saison se construit aussi avec ces absences, ces déplacements contrariés, ces voix fragmentées. Les festivals avancent ainsi, entre désir de montrer, nécessité de faire entendre ce que d’autres voudraient taire, et l’obligation, toujours, de composer.