Loin du compte

Édito du 05/10/2026
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Aujourd’hui, la rue se mobilise en soutien aux lycéens et aux étudiants en grève depuis plusieurs jours, après une semaine de blocages, de heurts et de violences. Dans la culture, la colère ne cesse de monter. Présenté jeudi, le projet de loi de finances 2027 frappe un secteur déjà fragilisé par plusieurs années de restrictions. Catherine Pégard, l’actuelle ministre de la Culture, affiche une baisse limitée à 0,6 %. Mais ce chiffre prend pour référence un budget 2026 déjà amputé de 64 millions d’euros en cours d’année.

Derrière cet affichage, la réalité est plus brutale. La mission Culture perd plus de 95 millions par rapport au budget initial de 2026. Pour la création, le recul atteint 4,6 % en autorisations d’engagement et 3,5 % en crédits de paiement. Près de 33 millions disparaissent des crédits déconcentrés, ceux qui permettent à l’État d’agir directement dans les territoires. Le budget repasse sous son niveau de 2023 alors que, depuis, l’inflation cumulée atteint 9,2 %.

Cette nouvelle baisse intervient après les gels, les annulations et les coupes déjà encaissés. Le secteur a beau s’adapter et multiplier les solutions pour tenir, il arrive au bout de ce qu’il peut encore absorber. D’autant que les économies réalisées pèseront bien peu face au montant de la dette. Difficile, dès lors, de ne pas y lire un choix politique. Le Syndeac, lui, maintient la pression et réclame depuis des mois un moratoire sur les coupes ainsi qu’une concertation nationale sur le refinancement de la culture. 

À l’approche des prochaines échéances électorales, l’enjeu dépasse largement le seul spectacle vivant. La culture doit s’inviter dans le débat et rappeler ce qui se joue derrière son financement, dans les territoires, l’éducation, l’emploi et l’accès de tous aux œuvres. L’urgence est telle que le pronostic vital d’une partie du secteur est désormais engagé. Quant aux 28 établissements évoqués la semaine dernière, ils attendent toujours une partie des crédits annoncés pour 2026. Rien n’a bougé. Avant même d’avoir bouclé l’année, il leur faut préparer la suivante avec moins. À force de couper, ce ne sont plus les marges que l’on réduit, mais la capacité même de créer.

Et ce n’est qu’une partie du problème. Depuis plusieurs mois, nous nous faisons l’écho des atteintes à la liberté artistique qui se multiplient. Dernier exemple à Vierzon, où la nouvelle majorité d’extrême droite vient de retirer de l’affiche Amazonia, de la compagnie Grand Angle, jugée trop « politique » et « clivante ». Le pouvoir local s’arroge ainsi le droit de décider ce qui peut ou non être montré. La pièce sera finalement accueillie à Bourges. Reste la censure.

Le carnet noir, lui aussi, s’allonge de semaine en semaine. La disparition de Bernard Verley, le 27 septembre, à 86 ans, vient rappeler ce que fut une autre ambition. Passé par le TNP de Jean Vilar, il appartenait à une génération qui avait vu le théâtre public grandir avec la conviction que l’art relevait aussi du bien commun. Soixante ans plus tard, ce modèle vacille, entre l’érosion de ses moyens et les attaques contre sa liberté. Bernard Verley l’avait vu se construire. Le voir aujourd’hui se défaire ne peut être une fatalité.

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