© Andreas Etter

Avec tanzmainz, la Maison de la danse ouvre ses portes à la jeunesse

La troupe originaire de Mayence, en Allemagne, présentait Trailer Park, confié au chorégraphe Moritz Ostruschnjak. Puisant son écriture sur les réseaux sociaux, où se déploie toute une culture du mouvement, la pièce prolonge le geste au-delà de l’écran. Pour l’occasion, afin de toucher un public plus jeune, l’institution lyonnaise a conçu une soirée destinée aux spectateurs de moins de 30 ans.
16 octobre 2026
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Aux abords de l’immense bâtiment qui trône au bout de la place récemment rebaptisée Pina-Bausch, dans le 8e arrondissement de Lyon, le public s’amasse progressivement. Conçue comme une rotonde, la Maison de la danse en impose. De grandes vitres ont beau ouvrir le regard sous tous les angles, la brutalité du béton fait bloc. Tiago Guedes, directeur du lieu, en a pleinement conscience : franchir une première fois les portes de ce grand navire demande une certaine volonté. Alors pour insuffler cette envie chez de nouveaux spectateurs, lui et son équipe ont organisé, pour la deuxième fois, une soirée destinée exclusivement aux 18-30 ans.

© Andreas Etter

Résultat, près d’un millier de jeunes se sont emparés, le temps d’une soirée, de l’un des plus hauts lieux de la danse en France. Parmi eux, la moitié y mettait les pieds pour la première fois, se baladant au fil d’un programme pensé par ses approches multiples. La mise à disposition de casques de réalité virtuelle a permis par la même occasion aux visiteurs de découvrir le studio, pendant que le hall accueillait un atelier de danse électro. Investissant tous les espaces, jusqu’à la mezzanine qui deviendrait piste de danse avec un DJ set prévu jusqu’au bout de la nuit, l’événement ne se contente pas d’ouvrir des portes, il en accompagne le mouvement.

De l’écran à la scène

Moyennant l’achat d’un billet à hauteur de 5 euros – geste essentiel selon Tiago Guedes, qui affirme une nécessité de responsabilisation –, le public a par ailleurs pu assister à une représentation de Trailer Park. Portée par la compagnie tanzmainz, cette pièce n’a rien du hasard dans la programmation de ce rendez-vous. Et pour cause, Moritz Ostruschnjak y développe une écriture nourrie des danses virtuelles et autres memes qui forment en partie la culture 2.0. Des références qui n’ont pas manqué de susciter de nombreuses réactions, preuve, s’il en fallait, d’un pari qui fait sens. Car bien que s’inspirant d’abord des réseaux sociaux, le spectacle ne se contente pas d’en reproduire les codes.

Le plateau est nu, noir du sol au plafond. Des canettes de boissons énergisantes sont disposées de part et d’autre, comme s’il fallait accepter la convention de ne pas les voir. Elles sont pourtant bien là, à moins d’imaginer, autour du premier corps qui s’avance, le cadre rectangulaire d’un smartphone. Dans un halo blafard et diffus, sorte de lumière bleue sur écran noir que Tanja Rühl déclinera tout au long de la pièce, il reproduit des mouvements vus mille fois sur internet. Autour de lui, c’est le silence. Son souffle et le frottement de ses chaussures mis à part, il est seul dans cette projection du numérique vers le réel.

Prolonger le mouvement
© De Da Productions

Dans son corps, un élan en chasse un autre, qui en appelle un troisième, et ainsi de suite. La dynamique du scroll et de l’algorithme est en marche, c’est elle qui détermine la rythmique et les ruptures. Seuls ou en groupe, les interprètes ne composent pas véritablement ensemble. Chacun a sa propre ligne à tracer. Il s’avère que certaines se croisent ou avancent un temps en parallèle. Mais la rencontre, elle, n’adviendra que plus tard. La bande sonore concoctée par Jonas Friedlich suit cette même discontinuité, dans un enchaînement de courts extraits que quelques morceaux plus longs viennent parfois suspendre et laisser respirer.

Pour autant, Trailer Park ne se résume pas à un simple répertoire de gestes. Il en prolonge au contraire le mouvement, cherchant à inventer ce qui vient autour, avant, après et hors du cadre. La danse qui s’y développe en pleine lumière a autant d’importance que les présences et les regards qui gravitent autour. Les références issues du monde virtuel deviennent un langage à part entière et dépassent nettement l’anecdote. Une chorégraphie complexe et organique confiée à des interprètes qui transposent avec talent ce vocabulaire au plateau.

Envoyé spécial à Lyon

Trailer Park de Moritz Ostruschnjak par tanzmainz
Maison de la danse – Lyon
Du 13 au 15 octobre 2026
Durée 1h

Chorégraphie – Moritz Ostruschnjak
Collaboration chorégraphique et costumes – Daniela Bendini
Musique – Jonas Friedlich
Lumières – Tanja Rühl
Interprétation – Tanit Cobas, Réka Rácz, Meritxell Van Roggen, Paul Elie, Finn Lakeberg, Christian Leveque, Jaume Luque Parellada, Jaime Neves, Matti Tauru

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