Tatiana Seguin est une enfant du métissage. Un mélange d’amour, heureux donc, qui lui a valu beaucoup de bonheur dans son enfance. À cette période, elle n’a pas encore fait l’expérience du racisme et de la discrimination. Ces notions n’existent d’ailleurs tout simplement pas pour elle, jusqu’à ce que le monde se charge de les lui apprendre. Soudain, l’absence de femmes noires comme références de construction personnelle ressort avec violence. Il faut dire qu’à travers le temps, celles qui ont osé, parlé, agi, ont plus ou moins été mises à la marge de l’histoire, ou leur récit a été atténué au fil du temps. Un état de fait que Descendante de combattantes se donne pour mission de rééquilibrer.
Rendre honneur

C’est donc sur la base de sa propre histoire, que Tatiana Seguin plonge dans ce spectacle. Une dimension autobiographique qui sert avant tout d’impulsion pour une dramaturgie qui, elle, se veut beaucoup plus universelle. Et pour cause, si l’artiste parsème sa pièce d’anecdotes intimes ou familiales, c’est pour mieux les faire résonner avec les portraits qu’elle dresse au fur et à mesure. Remontant sur plus de deux siècles, à travers lesquels elle convoque essentiellement des figures américaines, elle fait ainsi le choix de mettre en lumière ces femmes pour ce qu’elles ont été, davantage que pour ce qu’elles ont fait et qui tient parfois du seul symbole.
Avec une certaine finesse d’écriture, Tatiana Seguin refuse en effet de transformer son spectacle en célébration désengagée. Exit la vision de ces femmes noires telle qu’elle nous a été inculquée par une société régie par des hommes blancs très attachés à leur posture dominante. Pour l’autrice et interprète, rendre honneur à ces lutteuses hors pair passe par un regard plein de tendresse, de respect et de reconnaissance. Invitée les unes après les autres à s’emparer du plateau, elles y trouvent une voix, un corps, et une belle mise en lumière conçue par Laly POP, Elise Lebargy et Ferdinand Arthur.
Un panthéon
Peu à peu, l’espace vide se peuple des fantômes invoqués de Rosa Parks, Angela Davis ou Paulette Nardal et ses sœurs. Les mots de Viola Davis résonnent en écho avec les musiques de Nina Simone, Joséphine Baker ou Aretha Franklin. Descendante de combattantes bâtit son propre panthéon des femmes noires en s’écartant du discours colonialiste qui infuse toujours nos sociétés et nos regards. Tatiana Seguin use pour cela de tous les outils à sa disposition.
Autrice, son texte s’inspire de l’œuvre d’Audrey Célestine et s’équilibre délicatement entre récit personnel, contextualisation historique et reconstitutions dramaturgiques. Comédienne, son interprétation est d’une belle douceur et d’une sincérité touchante. Chorégraphe et danseuse, son corps semble habité de toutes les luttes dont elle se fait le relais, proposant une pièce aux entrées multiples pour rendre à ces femmes tout le mérite qui leur a souvent été ôté.
Descendante de combattantes de Tatiana Seguin
TOMA – Chapelle du Verbe Incarné – Festival Off Avignon
Du 4 au 23 juillet 2026
Durée 50mn
D’après l’œuvre d’Audrey Célestine « Des vies de combat »
Autrice, metteuse en scène, chorégraphie et interprétation – Tatiana Seguin
Dramaturge et assistante mise en scène – Déborah Moreau
Arrangement musical – Jérôme Leroy
Création lumière – Laly POP, Elise Lebargy & Ferdinand Arthur



