La jeune autrice et comédienne Raphaële Volkoff, qui fut l’une des Jeanne Darcy dans Edmond, est une « porteuse d’histoire » à la manière d’un Michalik. Une histoire solidement conçue, bâtie sur des thèmes sociétaux qui parlent à tous, des sauts dans le temps et des personnages fortement habités, un découpage des scènes qui évoque le montage cinématographique des séries. Le goût de la framboise est une bouleversante histoire de transmission entre deux femmes prises dans les pièges d’une société patriarcale qui a voulu les écarter de leur chemin.
Une trame solide

Le spectacle s’ouvre et se referme sur le plateau d’une émission de télévision. Un animateur condescendant y reçoit Stella, une chercheuse dont le travail vient de bouleverser les lois de l’astrophysique. La question posée est simple. Comment cette jeune femme, issue d’un milieu défavorisé en est-elle arrivée là ? Raphaële Volkoff déploie alors la réponse dans un tourbillon d’images où deux récits s’entrecroisent.
Il y a tout d’abord l’histoire de Marcelle qui se déroule en 1975. Jeune étudiante en astrophysique, coincée et scolaire, elle ne vit que pour ses études. L’astrophysicienne se voit dépossédée de ses recherches par son maître, rejoignant ainsi ses sœurs de sciences, Jocelyn Bell, Marthe Gautier, Rosalind Franklin, Lise Meitner. Ce dernier va plus loin encore en abusant d’elle, faisant naître une répulsion pour le goût de la framboise, arôme des sucettes dont il raffolait.
Bâtie comme un thriller

Viens en parallèle celle de Stella, qui se passe à la fin des années 1990. Déscolarisée, en perte de repères, cette jeune fille de 19 ans est tombée amoureuse d’un dealer. Cette relation toxique l’entraîne en prison. Là, elle partage sa cellule avec une femme qui purge une peine parce qu’elle a tué son ancien amant. Toutes la surnomment « la folle », parce qu’elle a la tête dans les étoiles et griffonne sur les murs des équations mathématiques. Cette dernière, dont on découvre peu à peu les raisons de l’incarcération, lui ouvre les portes de la connaissance.
Pour un patchwork d’images fortes
Les passages sur la prison sont impressionnants. À travers les détenues, Stella, La folle, Soraya et La Peluche, mais aussi le maton, l’autrice établit avec précision un état des lieux, Intra-muros, de l’enfermement carcéral. Les prises de bec faisant place aux prises de conscience, Raphaële Volkoff dresse de magnifiques portraits de femmes disparates, que la sororité finit par réunir.
Dans l’esprit du théâtre de tréteaux, avec des accessoires minimaux et des décors stylisés et amovibles (ouvrage de Capucine Grou-Radenez), la mise en scène de Martin Darondeau est du vif-argent. Avec son excellent film De la Comédie-Française, qu’il a coréalisé avec Bertrand Usclat et ce beau retour au théâtre après Les parents de Charlie se séparent, on peut dire que 2026 est son année. Le jeune homme a dirigé de main de Maître Nanou Garcia (La folle), Laura Authier (Stella), Octavie Durand (Marcelle), Machita Daly (Soraya), Raphaële Volkoff (La Peluche) et Benoît Blanc (tous les hommes). Dans un bel esprit de troupe, à l’unisson dans les changements d’époque et de personnages, car tous incarnent plusieurs rôles, ils font naître de belles émotions. Bravo.
Le goût de la framboise de Raphaële Volkoff
Théâtre des Béliers Parisiens
Du 29 août au 1er novembre 2026
Durée 1h20
Mise en scène de Martin Darondeau
Avec : Laura Authier, Benoît Blanc, Machita Daly, Octavie Durand, Nanou Garcia, Raphaële Volkoff
Lumières de Jean-François Domingues
Scénographie de Capucine Grou-Radenez
Costumes : Chloé de Nombel
Musiques de Simon Meuret.



