Les compagnies bruxelloises Rien de Spécial, côté francophone, et Tristero, côté flamand, se sont associées dans une belle entente cordiale pour créer Desperado de Ton Kas et Willem de Wolf. Ce spectacle décapant, qui explore une masculinité déboussolée et maladroite, a remporté le Prix Maeterlinck de la critique 2019 du meilleur spectacle comédie-humour.
Dans les plaines du Far West…

Le décor évoque l’ambiance de La Mélancolie des dragons de Philippe Quesne. Au centre du plateau, l’envers d’un panneau publicitaire suggère un terrain vague quelconque à l’entrée d’un bourg de province. Éclairés par deux phares d’une voiture, quatre hommes sont figés dans un grand silence. Santiags aux pieds et ceinturons à la taille, ils sont habillés comme des héros de western. À chacun son style, un grand manteau à la Clint Eastwood (Hervé Piron), l’attirail à la John Wayne (Youri Dirkx), le look à la Dean Martin (Cédric Coomans). Pour le dernier, un habit de vacher, qui rappelle le personnage de Stumpy dans Rio Bravo (Peter Vandenbempt). Ils regardent l’horizon.
Les cow-boys sont accablés
Leur immobilisme est le véritable nerf de leur guerre, celle qu’ils mènent contre une société dans laquelle ils ne parviennent pas à trouver leur place. Cette idée de mise en scène savoureuse nourrit des personnages prisonniers de leur incapacité à agir. Elle demande aux comédiens de passer avant tout par la parole, de marquer d’un simple geste ou d’une mimique du visage leurs intentions.
Le premier à prendre la parole est Eddy, aux allures de chef de bande. Bruno, Marc et Michel l’écoutent raconter comment il a remis à sa place un quidam qui marchait sur ses plates-bandes. Le ton est ferme, les mots se répètent comme pour mieux affirmer son pouvoir. Les autres l’approuvent, ajoutent leur grain sel. Pourtant, quelque chose cloche dans leurs récits. Lorsque l’on comprend ce que les auteurs ont imaginé, un grand éclat de rire traverse la salle.
« L’important n’est pas ce dont on parle, mais le fait qu’on se parle ».

Eddy, Bruno, Marc et Michel ont formé une sorte d’amicale d’hommes qui se prennent pour des cow-boys purs et durs. Ils se retrouvent une fois par semaine pour discuter entre eux de leurs problèmes : rien ne va au travail, à la maison, avec leurs femmes quand elles sont encore là, avec l’alcool… Ces grands loosers de la vie exposent leurs griefs de mâles qui ne dominent et ne maîtrisent plus rien.
Ces hommes fatigués, incompris et frustrés, sont pathétiques, attachiants mais surtout terriblement touchants. L’interprétation des acteurs est d’une précision remarquable. Ils donnent corps et chair à un jeu de langage façon Dubillard où les mots se répètent, où personne ne s’écoute et ne se répond vraiment. Désespérément hors-la-loi du bonheur, ces desperados nous ont régalés.
Envoyée spéciale à Bruxelles
Desperado, de Ton Kas et Willem de Wolf
Spectacle vu le 20 juin 2026 au GC de Kriekelaar – Bruxelles
La Manufacture – Festival Off Avignon
Du 4 au 12 juillet 2026
Durée 2h (trajet compris).
Mise en scène et adaptation en français Tristero & Rien de Spécial asbl
Avec Cédric Coomans, Youri Dirkx, Hervé Piron, Peter Vandenbempt
Scénographie et costumes Marie Szersnovicz
Création lumière Margareta W. Andersen
Chef Régie Julien Vernay
Œil extérieur Pierre Sartenaer.



