Lors de leur mue, les homards se retrouvent soudain sans carapace, totalement vulnérables dans ce passage d’un corps à l’autre. Partant de cette image, en écho à la théorie de Françoise Dolto qui en découle, Catherine Dreyfus imagine une pièce qui met en scène deux adolescents, dans la traversée de cette grande période fondatrice pour tout être humain. Sous ses airs de documentaire animalier qui assume pleinement son décalage, avec Gianluca Girolami en guise de démonstrateur, Le complexe des homards trouve une porte d’entrée intéressante vers son sujet, qui s’apprête à se déployer dans les corps de deux jeunes interprètes à l’énergie débordante.
Une identité à construire
Fédérica Miani et Victor Lamard-Paget (en alternance avec Robin Fabre Elissalde) sont donc les spécimens à scruter dans cette étrange phase qu’est le passage à l’âge adulte. Une observation qui se structure en plusieurs séquences, alternant scènes de récit et tableaux chorégraphiés, mais ne laisse jamais aucun repos aux corps des deux interprètes. Dans cette sollicitation permanente s’écrit une chorégraphie qui se nourrit essentiellement du break, et repose sur le travail individuel avant de s’étendre à une écriture partagée. Dans cette dynamique, danseuse et danseur marquent leurs interprétations d’une empreinte qui leur est personnelle. Une singularité qui se reflète dans la dramaturgie.
Et pour cause, l’allégorie de la construction de soi est abordée dans son ensemble. D’abord chacun dans sa chambre, cherchant une identité parmi les vêtements et accessoires, les homards finissent évidemment par se rencontrer. Par-delà la notion de façonnage social qui concerne tous les ados depuis bien longtemps, Catherine Dreyfus s’intéresse alors à la manière dont les écrans modifient les corps de ces adultes en devenir. Au cœur d’une scénographie faite de miroirs, le rapport à l’autre s’efface au profit du regard sur soi. La chorégraphe donne ainsi une lecture actualisée de la métaphore du homard, portée par des interprètes talentueux.
Le complexe des Homards de Catherine Dreyfus
LaScierie – Festival Off Avignon
Du 4 au 24 juillet 2026 – Jours Pairs
Durée 50 min
Avec Gianluca Girolami, Victor Lamard-Paget, Federica Miani
Scénographie de Romain Lalire
Création lumières de Aurore Beck
Musique de François Caffenne
Costumigraphie de Noé Quilichini
Régie de tournée de Milan Dubau
Construction décor de Frank Oettgen et Chaabane Mesbah
Construction lumière de Olivier Merle



