La Séparation - Claude Simon - Alain Françon © Jean-Louis Fernandez
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La Séparation : De beaux portraits de femmes

L’unique pièce de Claude Simon, auteur de l'École du Nouveau Roman et prix Nobel de littérature (1985), est un objet théâtral aussi déroutant que captivant. Sortie de l’oubli par Alain Françon, elle se révèle être une partition subtile.
13 octobre 2025
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L’action se passe à l’aube des années 1950, le milieu d’un siècle qui a été traversé douloureusement par deux Guerres mondiales. Une époque qui porte encore les traces d’un patriarcat ancestral. Toute l’action de la pièce se déroule le matin et le soir d’une même journée. Elle a la particularité de se situer dans deux cabinets de toilette, séparés par un mur qui laisse passer les mots.

Un univers à la Strindberg
La Séparation - Claude Simon - Alain Françon © Jean-Louis Fernandez
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Ce principe scénographique des deux espaces est ingénieux. Le premier est le coin du jeune couple, Louise et Georges, le second celui des parents, Sabine et Pierre. Adossées au mur mitoyen, il y a deux tables de toilette et leurs miroirs, presque identiques. Cela permet d’observer deux situations qui se reflètent et se répondent. D’un côté un couple en crise prêt à se séparer, de l’autre un couple à bout de souffle qui, bien que bancal, tient coûte que coûte.

Claude Simon s’intéresse avant tout aux femmes de cette maison où le temps est suspendu. Elles sont trois en réalité. Il y a la tante, que l’on ne verra jamais parce qu’elle est en train de mourir. Cette figure charismatique de la vieille fille dévouée et humble plane sur la maison. Sa mort remet en question l’appréhension de la vie. Pour Louise (Léa Drucker), prête à quitter son époux, ce sera de l’ordre du renoncement. Et pour Sabine (Catherine Hiegel), un grand cri de détresse face au naufrage de la vieillesse. Ces femmes ont en commun d’avoir, chacune à leur façon, cherché leur place dans la société et la famille.

Une matinée ordinaire

La première scène, dans l’antre du jeune couple, est surprenante. L’auteur met en place la situation et nous donne les codes pour comprendre son style narratif, fait de longs monologues et de courts dialogues. Un « magma de mots et d’émotions », pour reprendre la métaphore qu’il avait utilisée lors de son discours de Stockholm. Dans ce dialogue de sourds, Georges (excellent Pierre-François Garel) évite d’affronter la réalité. Louise (émouvante Léa Drucker) rappelle la situation familiale. Ils s’entendent sur un point, la présence néfaste dans leur existence de Sabine. Ils en font un tel portrait qu’on attend son arrivée !

Un rôle sur mesure pour Catherine Hiegel
La Séparation - Claude Simon - Alain Françon © Jean-Louis Fernandez
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Haute en couleur, les cheveux orange vif, les nerfs à fleur de peau, le verbe haut, elle surgit telle une furie dans son cabinet de toilette. Le coiffeur a raté sa coupe. Elle appelle sa belle-fille à l’aide. Mais c’est pour se servir d’elle en déversoir de ses colères, de ses reproches et agacements. Derrière la platitude, se glissent des flèches qu’elle tire à tout va sur sa belle-fille. Sabine est une bourgeoise fantasque qui, sous ses atours charmants, cache une véritable mégère. Avec son sens de la rupture, cette aisance à faire entendre toutes les émotions qui la traversent, Catherine Hiegel est royale.

Une soirée où tout s’achève

Après ce qu’on imagine un repas où les diatribes de Sabine leur ont coupé l’appétit, Georges et Louise se retrouvent dans leur cabinet de toilette. Comme tous les soirs, il s’en échappe pour « respirer » dehors. Cette fois-ci, elle prépare sa valise. La garde-malade (impressionnante Catherine Ferran) vient la prévenir que la fin est proche. Alors Louise attend. De l’autre côté de la cloison, entre deux verres de cognac avalés en douce, laissant apparaître ses failles, Sabine se lâche et assène son mari (formidable Alain Libolt) de reproches. Dans cette scène cruciale, Catherine Hiegel est saisissante et Léa Drucker, toute en écoute, impressionne.

La nuit arrive, la tante est morte, Louise défait sa valise et Sabine, réconfortée par son époux, va se coucher. La vie poursuivra son court avec ses non-dits, ses malentendus et ses silences. Aucune séparation n’est possible. Alain Françon, en grand maître d’œuvre, redonne à cette pièce étrange tout l’éclat qu’elle méritait. Merci.


La Séparation de Claude Simon
Théâtre des Bouffes Parisiens
Du 24 septembre 2025 au 4 janvier 2026.
Durée 2h.

Mise en scène Alain Françon
Avec Léa Drucker, Catherine Hiegel, Catherine Ferran, Pierre-François Garel, Alain Libolt.
Assistante mise en scène Franziska Baur
Décor Jacques Gabel
Lumières Jean-Pascal Pracht
Maquillages coiffures Cécile Kretschmar
Costumes Pétronille Salomé
Chorégraphe Cécile Bon
Musique Marie-Jeanne Séréro
Accessoires Stéphane Bardin.

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