Françoise Lorente - Nos seins © Christine Ledroit-Perrin
© Christine Ledroit-Perrin

Françoise Lorente : Une comédienne à cœur battant

Pour transmettre son expérience personnelle de sa bataille contre le cancer du sein, François Lorente a créé « un objet théâtral féministe » très touchant, Nos seins, repris à Avignon Reine Blanche, l’occasion de revenir sur son parcours.
5 juillet 2026
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Les débuts

Votre premier souvenir dart vivant ?
Guignol au Jardin du Luxembourg. J’étais fascinée par les jeux d’apparitions/disparitions. J’exultais, je criais, je riais et puis plus rien, le temps suspendu, « Il est où ? Il est où ? » et ça repartait de plus belle. Une explosion de vie et de joie.

Nos seins - Françoise Lorente © Nicolas Blandin
© Nicolas Blandin

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir cette voie ?
En attendant Godot à la Comédie-Française avec Jean-Paul Roussillon et Michel Aumont. Il y avait un arbre blanc dans un décor tout blanc. L’un des deux acteurs tenait le tronc de l’arbre depuis un bon moment jusqu’au moment où ils ont dû baisser le rideau pour problème technique. Quand la représentation a pu reprendre, les acteurs ont recommencé là où ils s’étaient arrêtés et nous sommes rentrés à nouveau dans l’univers de Beckett comme si rien ne s’était passé. Là j’ai découvert la magie du théâtre. La puissance de la suggestion. Je me suis dit, textuellement, je veux faire ça !

Qu’est-ce qui vous a guidée vers cette spécialisation ?
J’hésitais… comédienne, metteuse en scène, autrice. J’ai commencé par être comédienne. Maintenant je suis aussi metteuse en scène et autrice. Et j’aime l’idée d’appréhender la chose par des angles différents.

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé ?

La Thébaïde de Racine dans une mise en scène de Francine Eymery, à la cour du Châtelet à Avignon. On jouait en extérieur à l’arrière du pont et des remparts. Il y avait les caprices du vent, l’austérité des vieilles pierres, des feux qu’on maintenait allumés, et la langue de racine. C’était puissant !

Passions et inspirations
Françoise Lorente - Nos Seins © Théâtre d'Herblay - Alexandre Ah-Kay
Dans « Contes d’enfants réels « de Suzanne Lebeau © Théâtre d’Herblay – Alexandre Ah-Kay

Votre plus grand coup de cœur scénique ?

Le Mahabharata de Peter Brook aux Bouffes du Nord. J’ai découvert en même temps le travail de Brook et ce lieu tellement habité. Ce que j’aime chez Brook c’est sa recherche autour de l’espace vide où ne peut apparaître que ce qui se joue. De là, naît le merveilleux.

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Je pense souvent à Adel Hakim, avec qui j’ai eu la chance de travailler dans ses stages Tragédie et modernité. Il était calme, humain et tellement brillant. Et aussi Denis Guenoun que j’ai écouté lors d’une master class à Avignon. À chaque fois qu’il aborde un texte, il pose la question : « De quoi s’agit-il ? » Avec Morgan·e Janoir, c’est la continuité de toutes ces influences. Quand on a créé Nos seins, on a cherché la simplicité, une économie de moyen qui laisse place à la poésie, tout en s’amusant avec les codes du théâtre.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
L’envie de raconter des histoires, de transformer mes parts d’ombre en lumière.

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Le théâtre et l’aïkido sont les deux endroits où je trouve mon équilibre. Dans les deux, il est question de corps et d’énergie vitale. Dans les deux, je me sens vivante.

Lart et le corps
Françoise Lorente - Nos seins © DR
Lecture de « Nos seins » aux Editions L’Harmattan © DR

Que représente la scène pour vous ?
C’est le lieu de toutes les histoires, de tous les possibles, le croisement de toutes les vies. Ça me fait peur et ça m’excite. Il y a comme un interdit que je transgresse jusqu’à l’apprivoiser, la faire mienne.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Dans le désir de raconter, de transmettre et faire un avec le public. Quand je suis sur scène je reçois tellement que je me sens m’éclairer, devenir une géante qui donne au public.

Rêves et projets

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Il y en a plusieurs, Caroline Guiela Nguyen, Lorraine de Sagazan. Son dernier spectacle Chiens m’a vraiment fichu une claque.

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Dans une mise en scène de Rebecca Chaillon à la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

Si votre parcours était une œuvre dart, laquelle serait-elle ?
La grande vague d’Hokusai.


Nos seins, texte et interprétation Françoise Lorente
Spectacle vu en octobre 2024 Théâtre La Reine Blanche Paris
Théâtre La Reine Blanche AvignonFestival Off Avignon
Du 4 au 22 juillet 2026 à 11h, sf jeudi

Durée 1h10.

Mise en scène de Françoise Lorente et Morgane Janoir
Réalisation et montage vidéo Marc-Antoine Vaugeois

Texte paru aux éditions L’Harmattan, coll. théâtres

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