La pièce de Léonore Confino, écrite en 2017, est parue aux éditions Actes Sud sous le titre Les Enfantillages. À sa création en 2019 au Petit Saint-Martin, dans une mise en scène de Côme de Bellescize, le titre est devenu Les Beaux. L’un et l’autre correspondent parfaitement à cette autopsie sans concession d’un couple ayant dépassé depuis longtemps la simple crise de nerfs. Celle que font les enfants gâtés qui ont rêvé d’une vie formatée où tout serait beau.
Les dissonances de la mélodie d’un bonheur de pacotille

Il rentre du travail. Elle l’accueille. Affublée d’une robe de cocktail pailletée, juchée sur ses hauts talons, le brushing parfait, elle est la poupée Barbie. Costume élégant, cheveux bien en ordre, il est son pendant masculin, Ken. Chacun fait le résumé de sa journée, évoque le manque ressenti l’un de l’autre, s’émerveillent de leur adorable petite fille, se disent leur amour… Des anneaux lumineux de téléphone portable, ceux dont abusent les influenceurs sur les réseaux sociaux parce qu’ils lissent les imperfections, les éclairent. Leurs dialogues sont mis en place par une petite fille qui se projette dans un monde idéalisé. Car de leur côté de la porte de chambre, c’est une autre histoire qui se joue chaque jour. Les perruques tombent comme des masques, et la réalité prend le dessus dans le salon familial, transformé en Ring de combat.
Les démons sont des briseurs de rêve
Sur le mode du théâtre de l’absurde, à coups de répliques drôles mais aussi sanglantes, Léonore Confino dissèque les maux d’une société pensée comme une publicité, qui ont entraîné un couple à perdre pied dans la réalité de leur quotidien. Les règlements de comptes, les reproches fusent à tout va. Cette haine de l’autre finit par devenir une respiration, celle que l’on cherche lorsque l’air finit par manquer. Yasmin Van Deventer incarne à la perfection une fragile femme-enfant, un brin futile. En devenant mère, cette jolie fille a perçu la vulnérabilité de sa jeunesse et, depuis, se laisse aller. Faisant ressortir les failles de cet homme blessé dans son amour filial et son manque de confiance en lui, Cédric Welsch, à fleur de peau, est toujours prêt à exploser.
Un travail au cordeau
Anne Coutureau met en scène avec une grande sensibilité cette guerre du quotidien qui se termine en champ de bataille. Cette scène de destruction massive est impressionnante dans sa violence mais aussi dans ce qu’elle a de puéril. Sa direction d’acteurs précise permet de rendre palpable les tensions, celles exprimées et celles du sous-texte. La petite fille Alice, pourtant jamais présente, envahit l’espace, prenant une place primordiale. Considérée par ses parents comme « anormale », ses comportements et son mutisme se font ici entendre comme un grand cri de colère, de rébellion. Car quand les parents déraillent, ce sont toujours les enfants qui trinquent. Et n’oublions pas, la perfection n’existe pas.
Les Beaux de Léonore Confino
Théâtre des Mathurins – Paris
Du 16 septembre au 30 décembre 2026
Durée 1h15.
Mise en scène Anne Coutureau
Avec Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch
Assistante mise en scène Nathalie Franco Sosa
Son Jean-Noël Yven
Costumes Mathilde Chollot
Maquillage et perruques Claire Jourda de Vaux
Lumières Amandine Voiron
Scénographie Émile Rigaud et Amandine Voiron.



