Fille d’Œdipe et de Jocaste, Antigone est née d’un inceste. Sa mère s’est suicidée, tout comme son père après s’être crevé les yeux, puis ses frères qui se sont entretués. Le monde qui s’offre à elle, géré par les lois de Thèbes et régies par son oncle Créon, n’est pas son royaume. De « leur sale bonheur », elle n’en veut pas. Ce personnage mythique peut encore dire « non ».
Pour Jean Anouilh, Antigone était le symbole de la jeunesse qui résiste à l’occupant, mais également à l’autorité des adultes et à leur organisation de la société. Sans pour autant trahir le dramaturge, Andréa Bescond, par le prisme de son adaptation et de sa mise en scène, en fait une héroïne d’aujourd’hui qui se révolte contre la justice des hommes, les violences sexuelles et la pédocriminalité. Le résultat est remarquable.
Comme dans Les Chatouilles, les mots font corps avec la danse, pour crier les silences, faire combat avec les ressentiments. Chaque personnage est profondément analysé, portant son style de langage et de mouvement. L’émouvante Antigone est tiraillée par la colère. Nourrice est maternante. La tendre Ismène est une jolie frivole, accrochée à son portable. Hémon, celui qui se sacrifie par amour et par rejet de l’image paternelle, est incarné de façon sensible. Le garde demeure le peuple qui protège sa tranquillité. Pour Créon, la comédienne n’hésite pas à forcer le trait, surtout lorsqu’il abuse du Page. Mise en scène dans les codes de jeu du seul-en-scène, Déborah Moreau s’est glissée avec talent dans cet exercice de style. La pièce de Jean Anouilh ne perd en rien de sa force, bien au contraire.
Antigone, de Jean Anouilh
Spectacle vu le 9 juin 2026 au Théâtre des Mathurins
Théâtre du Chêne noir – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 18h, sf lundi
Durée 1h25.
Mise en scène Andréa Bescond
Avec Déborah Moreau
Voix Évelyne Istria, Anton Bescond Métayer
Assistant à la mise en scène Guillaume Segouin
Lumière Stéphane Fritsch
Son Vincent Lustaud.



