Un soir de mars 1944, les pompiers sont alertés par les habitants de la rue Le Sueur, dans le XVIIe arrondissement. Des odeurs pestilentielles sortent de la cheminée d’un hôtel particulier, appartenant à un certain docteur Petiot. En pénétrant dans la maison, ils découvrent une scène d’horreur. Des corps dépecés gisent au sol, tandis que dans les deux chaudières des cadavres sont en train de se consumer. Face à l’ampleur de cette macabre découverte, les policiers de proximité totalement dépassés par les événements alertent leur hiérarchie. Celle-ci leur envoie celui que l’on surnomme alors « le flic le plus célèbre de France », le commissaire Massu.
Massu mène l’enquête

Philippe Touzet a choisi de mettre au centre de sa pièce cette figure emblématique de la police judiciaire : le commissaire Massu qui inspira Georges Simenon pour son célèbre commissaire Maigret. Le spectateur est ainsi plongé au cœur de l’enquête.
Du sinistre Docteur Petiot, on ne verra que la silhouette, jetant des cendres dans le feu. L’affaire est complexe. À mesure que l’enquête progresse, l’horreur se révèle dans toute son ampleur. Se faisant passer pour un résistant, ce tueur en série attirait des Juifs auxquels il promettait de les faire passer clandestinement hors de France, avant de les dépouiller puis de les assassiner. Il faudra plusieurs mois pour retrouver sa trace. Et quand Petiot est enfin arrêté, Massu ne peut mener l’interrogatoire. A la libération, accusé à tort de collaboration, le commissaire est lui-même incarcéré à Fresnes. L’homme « aux trois mille deux cent cinquante-sept arrestations » ressortira huit mois plus tard. Totalement brisé par cette épreuve, il met un met un terme à sa carrière et prend sa retraite.
Une pièce d’atmosphère
L’auteur réussit le tour de force de résumer toute la complexité de cette affaire, sans en perdre l’essentiel. Les dialogues, notamment ceux qui opposent Massu et son jeune adjoint Borona, sont précis et ciselés. Son écriture s’inspire avec justesse de l’univers de Georges Simenon et des grands films policiers des années 1940 à 1950.
La mise en scène de Charlotte Matzneff, portée par une scénographie aussi ingénieuse que saisissante, prolonge cet imaginaire avec efficacité. La musique, jouée en direct à la guitare électrique par Bruno Care (hilarant en adjudant ballot), contribue à faire naître l’atmosphère étrange et inquiétante de l’époque et de l’affaire. Comme pour Les téméraires, les scènes s’enchaînent avec fluidité.
Une troupe formidable

Plus proche de Jean Gabin que de Jean Richard – les deux plus célèbres interprètes du commissaire Maigret au cinéma et à la télévision -, la prestation de Romain Lagarde est remarquable. Quel comédien ! Son phrasé, sa démarche, jusqu’à la façon dont il tient sa pipe, tout concourt à faire exister son personnage avec tant de sensibilité. Face à lui, Balthazar Gouzou est extraordinaire dans le rôle de Borona, ce jeune inspecteur qui a tout à apprendre de son illustre patron. Il apporte de belles nuances à ce policier débutant, drôle et intuitif. Karine Lyachenko (tour à tour concierge bavarde, vamp redoutable et hypocrite Madame Petiot), Jérôme Cachon (terrible en officier nazi) et Pierre Benoît (formidable dans le rôle du médecin légiste) complètent une excellente distribution au service de ce formidable spectacle.
L’affaire Petiot, de Philippe Touzet
Théâtre Actuel Avignon – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
Durée 1h25
Mise en scène Charlotte Matzneff
Avec Romain Lagarde, Balthazar Gouzou, Karine Lyachenko, Bruno Gare, Jérôme Cachon, Pierre Benoist
Décor Antoine Milian
Costumes Corinne Rossi
Lumières Moïse Hill
Création sonore Mehdi Bourayou
Assistanat à la mise en scène Manoulia Jeanne et Caroline De Touchet.



