Après avoir abordé l’Affaire Dreyfus, avec Les téméraires, Julien Delpech et Alexandre Foulon se penchent sur la résistance. Comme pour ce premier spectacle, qui mettait en relation Émile Zola et Georges Méliès, ils ont choisi un prisme original et très symbolique, Joseph Kessel (extraordinaire Éric Chantelauze), qui avec son neveu Maurice Druon (touchant Thibault Pinson), écrivit ce magnifique Chant des partisans.
Des relations humaines complexes

Le début de cette histoire commence avec le suicide de son frère Lazare. Une blessure à l’âme que Kessel porte en lui et qu’il tente de soulager en surprotégeant son neveu Maurice. Dominique Bona avait d’ailleurs titré son excellent ouvrage Les partisans, Kessel et Druon une histoire de Famille*. Ce livre a certainement inspiré les auteurs.
Il y a aussi Germaine Sablon (admirable Marina Pangos), chanteuse à succès dans les années trente qui fit chavirer le cœur du baroudeur Kessel. Cette femme de caractère et résistante est demeurée une oubliée de l’Histoire, comme nombreuses de ses consœurs. Sans elle, rien n’était possible. Il y a Katia (émouvante Élodie Colin), l’épouse compréhensive. Sur ce sujet, les deux auteurs ont choisi de tordre un peu le cou à la vérité. Sa présence fictionnelle équilibre le personnage de Kessel et apporte beaucoup à la dramaturgie.
« Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur les plaines ? »
Le lion Jo, le lionceau Maurice, l’énergique Katia et la belle Germaine sont pris dans la tourmente de la guerre. Ils se retrouvent en zone libre. Avec les personnages de Darrier (formidable Thierry Pietra) et de La carpe (Élodie Colin), les auteurs abordent la résistance, leurs combats et comment Kessel a mis en danger ses camarades. La zone libre occupée, les quatre héros se retrouvent à Londres. Kessel, jugé trop vieux, est relégué dans un placard et Druon à la radio. Les deux femmes infirmières sont dans l’action.
« Sifflez compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute… »

Le général de Gaulle commande à Joseph Kessel le texte d’une chanson destinée à devenir l’hymne de la résistance. L’écrivain, incapable de faire des rimes, appelle son neveu à la rescousse. Ils se servent de la musique d’une réfugiée russe, Anna Marly. Ce passage est expurgé et on le regrette. Car il y a d’un côté La Complainte des Partisans – que l’on connaît grâce à Léonard Cohen – et de l’autre Le Chant des Partisans. Dans l’urgence, Germaine, alors séparée de Kessel, enregistre la chanson, diffusée sur les ondes de Radio Londres. Les résistants siffleront les premières mesures en signe de ralliement.
Un bel ensemble
Charlotte Matzneff déroule ces nombreuses histoires dans un procédé théâtral très efficace : une structure centrale, autour de laquelle vont bouger des éléments de décor, un travail de lumière très évocateur, un habillage sonore remarquable, joué souvent en direct par l’épatant Mehdi Bourayou. Même si les comédiens et comédiennes jouent plusieurs rôles, tout est concentré sur les protagonistes. Ce qui permet de s’attacher à eux, à leurs faiblesses et à leur humanité, et découvrir ce récit foisonnant et captivant.
Le chant des lions, de Julien Delpech et Alexandre Foulon
Théâtre Tristan Bernard – Paris
Du 17 janvier au 30 avril 2026
Durée 1h30.
Mise en scène Charlotte Matzneff,
assistée de Manoulia Jeanne
Avec Marina Pangos, Éric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson,
Élodie Colin, Mehdi Bourayou.
Musique Mehdi Bourayou
Scénographie Antoine Milian
Lumière Moïse Hille
Costumes Corinne Rossi
Chorégraphies Mariejo Buffon.
*Les partisans, Kessel et Druon une histoire de Famille de Dominique Bona (Édition Gallimard/Folio).