Some of Glass in blue de Thomas Lebrun pour Coline © M.Barret-Pigache
Some of Glass in blue de Thomas Lebrun pour Coline © M.Barret-Pigache

Tours d’Horizons 2026 : Une belle soirée en partage

Dans le cadre de son festival annuel, le CCN de Tours propose un double programme avec des pièces pour amateurs et un spectacle de sortie d'école. Un moment solidaire où exigence, déplacement de soi et amour de la danse se révèlent un moteur puissant.
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Devant le CCN de Tours, la fête a déjà commencé. Deux food trucks accueillent les festivaliers. Les tables installées en terrasse sont prises d’assaut, alors que certains spectateurs font déjà la queue, espérant la meilleure place. Le moment est d’autant plus convivial que les habitués côtoient les familles des participants du programme amateur, venus soutenir les leurs. La soirée affiche complet depuis des semaines. Ce rendez-vous où la danse se démocratise, offrant un partage qui dépasse les générations, est très attendu. Ici, nul besoin d’être initié pour entrer dans la danse.

La fête du mouvement
La Mécanique du bonheur - chorégraphie de Veronique Teindas © DR
La Mécanique du bonheur – chorégraphie de Veronique Teindas © DR

Cette année, le programme amateur réunit trois formations et trois chorégraphes pour un triptyque étonnant, éclectique, qui trouve son point d’ancrage dans la vitalité, le goût du partage et cette envie de crier haut et fort son amour du mouvement. Trois façons d’habiter un plateau, pour affirmer que la danse appartient à tout le monde.

C’est La Mécanique du Bonheur qui ouvre le bal. L’association de danse contemporaine du Loir-et-Cher permet à chacun, à partir de 50 ans, de danser avec sa personnalité, ses capacités, son expérience, sa créativité. Sous le regard bienveillant de Véronique Teindas, une dizaine d’amateurs âgés de 65 à 80 ans investit le plateau avec gourmandise et espièglerie. À travers différentes questions posées en voix off, ils évoquent ce que la danse représente pour eux. Portés par le flux des mots et de la musique en filigrane, tous se donnent sans compter. C’est parfois maladroit mais la sincérité et l’authenticité avec lesquelles ils habitent la scène est belle à voir. Dynamiques autant qu’épatants, tous montrent à quel point cette pratique leur offre une manière de croquer la vie à pleines dents, et cela malgré le temps qui passe.

Un monde en couleurs

Changement d’ambiance radical avec le G-SIC, ce Groupe Spécial d’Immergence Chorégraphique, aventure unique proposée aux jeunes de 16 à 25 ans avec ou sans expérience, menée en partenariat avec plusieurs institutions nationales parmi lesquelles le CCN de Tours, La Manufacture de Bordeaux, Chorège à Falaise et La Maison danse d’Uzès. Yohann Têté, interprète et compagnon de route de Thomas Lebrun depuis 2013, chorégraphe connu notamment pour son travail dans Danse avec les stars, présente une création nourrie d’une saison d’ateliers aux courants artistiques très variés. Vêtues de costumes noirs et de cravates colorées, les douze participantes investissent l’espace et vibrent au rythme de musiques pop et variétés mêlées. La joie et l’amusement se lisent sur leurs visages, elles se laissent traverser par les notes et habitent l’espace avec fougue et ferveur. C’est un beau feu d’artifice de mouvement, généreux et sans retenue.

Atelier chorégraphique - Chorégraphie de Raphaël Cottin © DR
Atelier chorégraphique – Chorégraphie de Raphaël Cottin © DR

Raphaël Cottin clôt le triptyque avec l’Atelier chorégraphique, ce projet tout public confié chaque année à un artiste invité. Installé à Tours depuis 2014 avec sa compagnie La Poétique des Signes, le chorégraphe plonge ses danseurs amateurs, une douzaine, vêtus de rose et de vert aux couleurs du printemps, dans son univers. Ils entrent un à un, forment une chaîne humaine, prennent possession de tout le plateau avant de se coucher au sol, chacun en position fœtale, tentant de naître au monde, d’éclore telles des fleurs s’épanouissant aux premiers rayons estivaux. La pièce déroule ensuite une belle fresque finement ciselée, portée par un voyage dans les grandes actions fondatrices du mouvement, tomber, marcher, courir, se concentrer, et les états émotionnels qu’elles traversent.

La formation Coline fait son show

En deuxième partie de soirée, place aux jeunes interprètes de Coline. Pour leur pièce de fin de formation, la promotion 2024-2026 de cette structure istréenne qui accompagne sur deux ans de futurs danseurs professionnels se confronte à deux univers presque antagonistes, celui, exigeant et ciselé, de Thomas Lebrun, directeur du CCN de Tours depuis 2012, et celui, plus pop et hypnotique, du Néerlandais Arno Schuitemaker. Deux écritures aux antipodes l’une de l’autre, qui réclament chacune, à leur manière, une présence totale.

Some of Glass in blue de Thomas Lebrun pour Coline © M.Barret-Pigache
Some of Glass in blue de Thomas Lebrun pour Coline © M.Barret-Pigache

Some of Glass in Blue de Thomas Lebrun ouvre le bal. Rien de simple dans cette partition rigoureuse, construite sur quelques musiques de Philip GlassEinstein on the Beach d’abord, métronomique et implacable, puis le lancinant Mad Rush et l’envoûtant String Quartet n°3 de Mishima. Les gestes sont précis, coudes à la perpendiculaire, mouvements répétitifs à exécuter au millimètre. Sous cette rythmique de verre, les danseurs et danseuses n’ont d’autre choix que de suivre la mécanique, de s’y soumettre pour mieux la transcender. L

e travail joue sur deux terrains à la fois, l’hypnose et la maîtrise absolue du corps. C’est puissant, exigeant, et les jeunes interprètes se donnent sans s’épargner. Pour cette septième collaboration avec la formation istroise, Lebrun a choisi de les emmener dans une création entièrement conçue de partitions rythmiques et physiques, qui demande une sacrée maîtrise. Bien que fragile, le pari est tenu.

De l’encre et du rave

Puis vient Inked. Dans la pénombre, des ombres fluides semblent flotter. Une silhouette ondulante apparaît, derrière laquelle on devine d’autres qui répètent ses gestes, à peine visibles d’abord, puis de plus en plus présentes, jusqu’à ce que tout le corps de ballet surgisse dans un halo d’ombre et de lumière puis oscille ensemble. On pense au travail du Grec Christos Papadopoulos, fasciné par les processus naturels et la manière dont les corps s’organisent et se synchronisent comme des organismes soumis au vent.

Inked d'Arno Schuitemaker pour Coline © M.Barret-Pigache
Inked d’Arno Schuitemaker pour Coline © M.Barret-Pigache

Les tenues à paillettes évoquent une rave party chacun portant sa partition dans un hypnotique ballet collectif. Arno Schuitemaker a conçu Inked autour d’une métaphore lumineuse, celle d’une page blanche que l’on regarde se remplir d’encre, trace d’une présence au monde. Dans cette création où le corps, le mouvement, la musique, la lumière et l’espace se répondent, les interprètes deviennent l’encre qui remplit la scène. Ils laissent ainsi une marque tenace. 

Comme chaque année, Tours d’Horizons 2026 tient sa promesse d’une soirée généreuse, où l’exigence artistique et la chaleur humaine ne font qu’un. Un belle image d’une danse et d’une pratique qui affiche solidarité et humanité.

Envoyé spécial à Tours

Tours d’Horizons 2026
CCNT de Tours
8 & 10 juin 2026

Créations amateursVeronique Teindas / La Mécanique du bonheur + Yohann Têté / G-SIC + Raphaël Cottin / Atelier chorégraphique

Création Formation Coline – Some of Glass in blue (2025) de Thomas Lebrun + Inked (2025) d’Arno Schuitemaker

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