© Didier Heissat

Manouchian, cet après-midi à 15h : Résister à tout prix

À Valence, le Théâtre de la Ville devient le lieu d’une reconstitution. Celle de l’arrestation de Missak Manouchian et de son réseau de résistance, notamment actif à Paris durant l’Occupation. De cette pièce, mise en scène par Saté Khachatryan avec un certain désir de réalisme, ressort l’évidente nécessité de la mémoire collective.
17 octobre 2026
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De lourds murs gris, bruts, sont tombés comme un couperet et délimitent l’espace en fond de scène. À cour, une porte et une grande vitre, ouvrant sur un couloir tout aussi austère, percent la cloison. Devant, quelques éléments disposés ici et là dressent l’image d’un commissariat de police. Un porte-manteau en bois, un placard branlant en guise de réserve d’alcool et une grande table où s’entassent preuves et dossiers. Sans autre temporalité que celle de son récit, Manouchian, cet après-midi à 15h se jouera ici, à huis clos. La scénographie de Benjamin Lebreton réservera encore, derrière le mur à jardin, quelques indiscrétions vers la cellule de garde-à-vue, grâce à un jeu de transparence.

C’est dans ce décor oppressant que Saté Khachatryan développe cette pièce écrite par Chochana Boukhobza. Tissant son fil dramaturgique autour de la figure policière, le spectacle propose un rapport de force déstabilisant d’entrée. Inviter le public à observer l’intrigue depuis le bureau du commissaire, c’est en biaiser la perception. Une quête d’immersion que la metteuse en scène affirme pleinement. Elle opte ainsi pour le point de vue de la Collaboration, chemin habilement détourné qui lui permet de mettre en lumière la Résistance.

Devoir de mémoire

Autour de la grande table en bois, qui seule habille le devant du plateau, défilent ainsi les membres présumés d’un réseau de résistance accusé de dizaines d’attaques. Identifiés et arrêtés après avoir été trahis par l’un des leurs, les voilà pris au piège d’une police zélée au service des nazis. Torture et violence faisant leur office, les langues ne tiennent pas toujours face aux menaces qui pèsent sur les proches. Les adresses tombent, les pseudos se transforment en identités, et c’est toute l’organisation qui sombre jusqu’à la sentence de mort. « Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures », écrit Missak Manouchian dans une dernière lettre. Le combat, lui, doit continuer.

Avec cette tranche d’Histoire, Saté Khachatryan ne s’affaire pas seulement à réveiller un souvenir. Reproduisant avec ses acteurs la violence des coups et l’image du sang, sa volonté de réalisme tend aussi à engendrer un choc, une forme d’hébétement et d’impuissance des spectateurs face à la barbarie de l’action. La tendance au naturalisme, tant dans l’interprétation que dans les corps, a beau tirer parfois à la caricature, elle n’en perd pas la puissance de son propos. Et c’est probablement ce qu’il faut retenir avant tout. À l’image de Manouchian, nombreux sont les ressortissants étrangers à s’être battus, au prix de leur vie, pour une certaine idée de la France. Il s’agirait surtout de ne pas les oublier.

Envoyé spécial à Valence

Manouchian, cet après-midi à 15h de Chochana Boukhobza
Création 2024
Vu au Théâtre de la Ville de Valence
Le 16 octobre 2026
Durée 1h40

Mise en scène et idée originale de Saté Khachatryan
Autrice – Chochana Boukhobza
Scénographie de Benjamin Lebreton
Costumes – Edgar Manoukian
Création lumière – Yohann Tivoli
Conception musicale – Hogh Artoun
Assistanat à la mise en scène – Léo Audouy
Maquilleuse – Anouk Imhof
Créateur son – Hugo Bousson
Avec Mathieu Besnier, Clément Carabédian, Louis Dulac, Bastien Guiraudou, Jérome Quintard, David Mambouch, Marie-Cécile Ouakil

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