Dans sa dernière comédie, l’auteur molièrisé en 2024 nous avait prévenus qu’il n’était pas facile d’être heureux quand on allait mal. Alors que dire lorsque l’on devient parent ? Eh bien, qu’il n’y a plus qu’à espérer que les enfants iront mieux que nous. Ce qui est certain, c’est que Rudy Milstein aime les titres à rallonge… Qui somme toute sont assez parlants.
Lorsque l’enfant paraît

Marie (exceptionnelle Ariane Mourier) est une belle brune au caractère plutôt joyeux. Elle est en couple avec un grand échalas sympathique (formidable Nicolas Lumbreras). Ils représentent les parfaits bobos bien dans leurs idéaux et leurs principes. La seule ombre à leur bonheur est qu’ils n’arrivent pas à avoir un enfant.
Anne (surprenante Anne Marivin) est une belle blonde dynamique. Mère de jumeaux surexcités, elle est mariée à un homme conformiste et effacé (impayable Erwan Téréné). Ils évoquent la bourgeoisie aisée et conventionnelle. Bien que très différentes, Marie et Anne sont amies, de cette amitié indéfectible a pris racine dans la jeunesse. Après un long et pénible parcours, Marie tombe enfin enceinte. Anne aussi, mais ce n’était pas prévu à son programme. Elles accouchent de leurs fils le même jour, dans la même clinique.
On ne jette pas le bébé avec l’eau du bain
À partir de ces opposées, Rudy Milstein va tisser la trame d’une improbable situation. Marie décide de faire passer à son fils le fameux test génétique mis en place par la clinique. Ainsi, elle connaîtra le destin de son petit ange. Les résultats sont mauvais. Dans le berceau d’à côté, le fils d’Anne, un peu braillard, semble parfait. La vie n’étant pas un fleuve tranquille, Marie décide sur un coup de folie d’échanger les gamins. Était-ce véritablement une bonne idée ?

Un examen de conscience
L’auteur déploie sa plume, ses petites phrases bien senties pour assaisonner son exploration des travers et des contradictions du genre humain. Cela fonctionne à merveille parce que les caractères et réactions des quatre personnages sont dessinés d’un trait précis. On est très loin de la caricature. Les rebondissements, qui s’appuient sur la conscience de Marie, ne cessent de surprendre la réflexion sur la parentalité, le couple, le quotidien et la vie. Cette dernière a-t-elle besoin d’être connue d’avance pour être bien vécue ?
Un ton, un style savoureux
Sa partition au cordeau est interprétée sans fausse note par un quatuor d’excellence. S’appuyant sur la scénographie en forme de maison de poupée de Bastien Forestier et les lumières de Denis Koransky, la mise en scène de Rudy Milstein, en plus d’être efficace, se révèle d’une belle poésie. Rire des malheurs des uns faisant le bonheur des autres, ne nous privons pas de cette excellente comédie qui en dit long sur notre société actuelle et à venir.
J’espère que les enfants iront mieux que nous, texte et mise en scène Rudy Milstein
La Pépinière Théâtre – Paris
Du 28 août au 5 décembre 2026
Durée 1h30.
Avec Anne Marivin, Ariane Mourier, Nicolas Lumbreras, Erwan Téréné, Maeva Pinto Lopes, Antoine Sibelle ou Amitaï Levy.
Scénographie Sébastien Forestier
Lumière Denis Koransky
Musique Dov Milstein
Chorégraphie Wilfried Bernard
Costumes Clara Bailly
Assistante à la mise en scène Louise Danel.



