Mon actrice() principale(s) - Lazare © Hélène Bozzi
© Hélène Bozzi

Mon actrice(s) principale(s) : Lazare renaît de ses cendres

Dans sa Trilogie épique entre la France et l’Algérie, créée entre 2009 et 2013, l’auteur et metteur en scène avait pris en fil conducteur le personnage d’Ouria, inspiré de sa mère. Treize ans plus tard, il revient sur une vie de créations et sur les bouleversements qui ont traversé le monde, dans une déclaration d’amour à cette femme qui l’a porté et accompagné de sa tendresse.
4 novembre 2026
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Il n’est pas nécessaire d’avoir vu Passé – je ne sais où, qui revient (2009), Au pied du mur sans porte (2011) et Rabah Robert – touche ailleurs que là où tu es né (2013) de Lazare, pour apprécier ce spectacle. Condensé et revisité, ce riche terreau nourri par l’histoire de l’Algérie et de la France, un questionnement sur la nationalité et abordant la construction personnelle, donne matière à ample réflexion sur notre passé et notre avenir. L’axe principal de ce spectacle, résidant dans la relation entre Libellule (Mourad Musset), double de l’auteur, et sa mère Ouria (Anne Baudoux), actrice principale de sa vie, lui apporte un prisme magnifique et universel.

La vie devant soi
Mon actrice() principale(s) - Lazare © Hélène Bozzi
© Hélène Bozzi

Le livre préféré de Libellule – « la tête d’un enfant de six ans tout en étant dans le corps de dix ans » – est La vie de François (sic) que lui lisait sa sœur. Les héros en étaient Momo et Madame Rosa. Le ton est donné, celui d’Ajar-Gary, qui comme une promesse se retrouve dans l’écriture de Lazare. L’auteur n’utilise pas la ligne droite d’une narration, lui préférant les dédales surréalistes. Comme dans un rêve, il passe du coq à l’âne, fait surgir des images.

Des maux à fleur de peau

Lazare confronte son histoire personnelle de fils d’immigré à la grande histoire. Celle de la colonisation de l’Algérie, avec le général Bugeaud et sa casquette, les massacres du 8 mai 1945 à Guelma, ceux du 17 octobre 1961 à Paris, les attentats qui ont secoué la France en 2015. Cela peut apparaître parfois confus, mais qu’importe puisque nous sommes dans la pensée mentale. L’auteur nous donne le droit d’y entrer comme d’en sortir. Exprimant à merveille ses tiraillements, ses colères, tout comme ses déclarations d’amour à la vie, son style tendu vers l’abstraction fait chanter la langue.

Un champ d’action surréaliste

Lazare construit sa mise en scène autour de cette idée du flou produit par les rêves. Tout l’espace scénique tourne autour d’un écran de cinéma installé sur un immense tableau noir d’écolier. Dans un mélange de réel et de fiction, les scènes se déploient sur le plateau en plans séquences, avec ralentis et distorsions.

Mon actrice() principale(s) - Lazare © Hélène Bozzi
© Hélène Bozzi

Le concret se retrouve dans la projection du court métrage également réalisé par Lazare. On découvre à l’écran sa véritable génitrice, magnifique mère courage au sourire rayonnant, entourée entre autres d’Anne Baudoux et Mourad Musset. Ces deux artistes accompagnent Lazare depuis le début dans ces créations. Les (s) ajoutés au titre représentent le lien qui s’est tissé entre eux depuis des années. Cette complicité est palpable dans leur acceptation des directions proposées par Lazare. Ils osent tout. Comme chez Claude Régy, leurs corps bougent dans des mouvements marionnettiques.

Une belle concordance

Mourad Musset, fondateur du groupe La rue Ketanou, peut être l’enfant pas comme les autres. Il est aussi à son aise en adulte cherchant à remplir les trous de mémoire des historiens, tentant d’expliquer le sens d’être Français d’origine Arabe, observant et dénonçant la folie des hommes. Anne Baudoux, droite dans ses bottes de « danseuse, achetées en solde », offre à Ouria de nombreuses voix. Celles des femmes d’hier, qui n’ont pas eu le droit aux mots et à la culture, comme celles d’aujourd’hui qui sont sorties de leurs gonds. Ensemble, ils mènent promptement ce spectacle dense. Le trop plein d’images et de mots déroute assurément, mais celui-ci, une fois décanté, finit par laisser une vive impression.


Mon actrice(s) principale(s), texte et mise en scène Lazare
Théâtre de la Tempête – Paris
Du 30 octobre au 22 novembre 2026
Durée 1h40.

Avec Anne Baudoux et Mourad Musset
Lumières Philippe Ulysse

Construction sonore Benjamin Colin
Scénographie Marguerite Bordat
Costumes Marion Xardel.


Pour le film La princesse aux pieds nus
Réalisation Lazare

Avec Ouria, Lazare, Mourad Musset, Jann Gallois, Le cheval Arto, Olivier Martin-Salvan, Mohand Azzoug, Anne Baudoux prise de vue Robin Fresson, Nicos Argillet, Ludwik Pruszkowski, Thomas Bataille, Tomas Smith, Lucas Plançon, Felice D’Agostino
Prise de son Matthieu Perrot
Montage Felice D’Agostino, Lazare
Postproduction son Olivier Bodin – studio La Fugitive

Etalonnage Florian Jarry
Effets spéciaux Emmanuel Lorain
Musique originale, violoncelle Myrtille Hetzel.


Les textes Au pied du mur sans porte et Rabah Robert parus aux éditions Les Solitaires intempestifs.

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