Ce week-end, dans les colonnes de L’Humanité, une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture, à l’initiative de plusieurs organisations professionnelles et de personnalités du monde de la culture, appelle au maintien des aides au spectacle vivant, mises à mal par une politique d’austérité. Le texte, dont la rédaction est solidaire, redonne la parole aux artistes et alerte. La baisse du FONPEPS, et surtout la division par deux de l’aide au plateau artistique, fragilise immédiatement celles et ceux qui fabriquent les spectacles. Derrière ces dispositifs, des équipes s’organisent, répètent, renoncent parfois.
Dans le même temps, les notifications de subventions envoyées par les DRAC arrivent dans les structures. Une baisse moyenne de 5 % des crédits pour la création se confirme. Le plan social redouté par les organisations syndicales, dont le Syndeac, se précise, et les remontées font déjà craindre le pire pour la saison 2026-2027. Face à ces annonces, les directions ajustent leurs programmations, déplacent des projets, en abandonnent certains. Ce désengagement de l’État s’inscrit dans un contexte déjà fragilisé par le recul des financements des collectivités territoriales, tandis que les retards dans les votes des budgets locaux après les municipales de mars laissent entrevoir de nouvelles diminutions. Pour tout le secteur au lendemain du 1er mai, un seul mot d’ordre : défendre le service public de la culture.
Au Théâtre 14, la situation semble se tendre. Plusieurs publications sur les réseaux sociaux, largement relayées, laissent entrevoir un climat dégradé. Deux comédiennes tirent la sonnette d’alarme et dénoncent leurs conditions de travail. Dans leur sillage, d’autres artistes, plus jeunes, annoncent leur retrait de productions en cours, entraînant des annulations. Du côté de l’institution, aucune prise de parole sur ces faits pour l’instant, l’attention se concentre sur le lancement du festival Woke, qui débute ce lundi. La question reste en suspens.
Cette semaine, les premières annonces du prochain Festival Off Avignon sont tombées. L’édition 2026 affiche des chiffres élevés – près de 1 700 spectacles pour environ 27 000 représentations portées par quelque 1 400 compagnies – et montre une densité comparable à l’an passé en dépit d’un contexte sous tension. Pourtant, les inquiétudes persistent. Une large majorité des compagnies peine à prolonger la vie de leurs créations au-delà de juillet, les tournées se raréfient, les équilibres économiques restent fragiles et les perspectives incertaines.
Malgré la morosité ambiante, le théâtre ne baisse pas les bras et se célèbre, entre paillettes et glamour. Ce soir, aux Folies Bergère, la 37e Nuit des Molières mettra à l’honneur artistes et créations, décors et textes. L’art vivant continue de briller, tout en affrontant, dans le même mouvement, une réalité plus incertaine.