Mon royaume pour un poney - Philippe Vieux - Gwen Aduh © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Mon royaume pour un poney : Branquignolesque à souhait

Le comédien Philippe Vieux signe une comédie délirante autour d’une création théâtrale qui vire au fiasco. Cette mise en abîme fonctionne toujours à merveille.
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Un metteur en scène inspiré a enfin la possibilité de monter Richard III de Shakespeare. Ayant trouvé une vedette bankable, une grande scène du théâtre privé lui permet de réaliser ce vieux rêve. Mais, à la dernière minute, la star le lâche, il doit revoir à la baisse ses aspirations de grandeur. Un mécène inespéré arrive pour le sauver. Problème : il veut jouer Richard. Ne mesurant qu’un mètre vingt, il va falloir troquer le cheval pour un poney afin de sauver le royaume, et surtout le spectacle.

Hommage au théâtre sur un ton burlesque
Mon royaume pour un poney - Philippe Vieux - Gwen Aduh © Christophe Raynaud de Lage
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Philippe Vieux est un des rares comédiens à avoir fait dès ses débuts le grand écart entre le théâtre subventionné – en travaillant avec Robert Cantarella, Jacques Vincey, Jean-Michel Ribes – et le théâtre privé, auprès de PEF, Thomas Le Douarec… L’écriture de sa pièce prouve qu’il est un fin connaisseur de cet esprit qui fit les grandes heures des cabarets et des cafés-théâtres. Sa comédie déjantée sur le monde du spectacle vivant est de cette veine-là.

Une belle galerie de bras cassés

Tous les personnages sont croqués avec le bon sens de la parodie. Matthieu Rozé est impayable en metteur en scène débordé par les successions de tuiles qui lui tombent dessus. Jamais à court d’idée, rien ne l’empêchera de mener à bien son spectacle. Et tant pis si Shakespeare se retourne dans sa tombe.

À l’origine, ils devaient être trente sur scène mais il n’en restera que trois, faute de budget. Ils sont ainsi obligés de jouer plusieurs rôles. Grâce aux costumes, ils passent d’un personnage à l’autre. Miren Pradier, délirante tragédienne outragée, Jean-Marie Lecoq, débonnaire syndicaliste ayant roulé sa bosse et Andy Cocq, charmant naïf, forment un trio de haut vol.

Les dessous du pouvoir
Mon royaume pour un poney - Philippe Vieux - Gwen Aduh © Christophe Raynaud de Lage
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L’inénarrable Denis d’ArcangeloMadame Raymonde, changeant de robe à chacune de ses apparitions, incarne dans toute sa splendeur les grandes directrices des théâtres d’antan. Les fantômes de Simone Berriau, Denise Petitdidier ou Yvonne Printemps se faufilent dans son interprétation. Il faut aussi compter sur le régisseur. Très susceptible, celui-ci fait entendre ses humeurs du haut de sa console et montre sa mauvaise volonté.

L’originalité de la comédie de Philippe Vieux est dans l’inattendu mécène. Compagnon de scoutisme du metteur en scène, il veut bien mettre ses sous, mais à condition de jouer dans la pièce qu’il va remanier selon ses goûts et sa petite taille. Déjà remarquable dans Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly, l’humoriste Krystoff Fluder s’avère un Richard III plus que probant. Le comédien nous régale lorsqu’il décide de transposer le drame en spot publicitaire pour sa société, les meubles Mignois.

De belles trouvailles scéniques

Retrouver Gwen Aduh à la mise en scène n’est pas anodin. Depuis Les Faux British à Sacré Pan !, ce véritable magicien s’amuse avec le théâtre dans le théâtre. Avec lui les décors s’écroulent, les trappes s’ouvrent, des marionnettes surgissent, les situations se déchaînent dans un rythme effréné. Le résultat est un divertissement de grande tenue avec lequel il fait bon rire.


Mon royaume pour un poney de Philippe Vieux
La Gaîté Rive Gauche – Paris
Du 8 avril au 20 juin 2026
Durée 1h30.

Théâtre de la Tour Eiffel
Du 15 janvier au 29 mars 2026.

Mise en scène Gwen Aduh
Avec Denis D’Arcangelo, Andy Cocq, Krystoff Fluder, Jean-Marie Lecoq, Matthieu Rozé
Assistante à la mise en scène Pauline Paolini
Lumières Denis Koransky
Costumes Aurélie de Cazanove
 Scénographie François Emmanuelli.

© Femmes à Barbe Prod

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