Le 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes ont défilé dans les rues, partout en France, en soutien aux revendications lycéennes et étudiantes, pour dénoncer la casse du service public et contre la vie chère. Une mobilisation record, plurielle et pacifique, entachée par des actes de destruction et de pillage, dont les images ont rapidement monopolisé le débat public. Légitimes et essentielles, les protestations portées par les différents cortèges sont désormais occultées jusqu’au sommet de l’État. Dans son allocution, Emmanuel Macron omet la mention des violences policières et relègue ce qui relève de l’Éducation nationale au dernier plan.
La mécanique n’a rien de nouveau. Depuis des années, le service public, de l’école à l’hôpital, crie son agonie en vain. Dans la culture comme ailleurs, nombreux sont celles et ceux qui font tout leur possible pour maintenir une activité. Mais quelle marge de manœuvre reste-t-il à un secteur que l’on continue de dépouiller sans vergogne ?
Au sein de la Métropole Aix-Marseille, le budget accuse un important déficit et doit retrouver l’équilibre. Dans ce contexte, la Cour régionale des comptes suggère la suspension totale des subventions, notamment destinées aux structures culturelles. Face à cette situation, l’intersyndicale craint un « shutdown » des financements métropolitains et alerte sur les conséquences directes d’une telle perspective : une saison annulée, un festival supprimé et un plan social qui se poursuit à bas bruit.
À Auch, dans le cadre du festival Circa, les syndicats et représentants de la discipline lancent « L’Appel du cirque ». Bien que très populaire, le secteur reste « l’un des moins soutenus financièrement par les pouvoirs publics », rappelle Territoires de cirque, qui prévient : « là où certains devront peut-être réduire leur activité sans aller jusqu’à fermer, une part importante des acteurs du cirque devra la cesser ». Le texte d’alerte, lancé conjointement aux collectivités territoriales et à l’État, fera l’objet d’une discussion ce lundi 19 octobre avant d’être signé et diffusé.
À Sartrouville, Abdelwaheb Sefsaf reste sans nouvelle du ministère de la Culture. Arrivant au terme de son premier mandat au 31 décembre prochain, le directeur du CDN des Yvelines fait face à l’inconnu. Pour l’heure, renouvellement ou non, aucune décision ne lui a été communiquée. Un silence qui met en danger la stabilité même du théâtre, dans ses engagements et ses perspectives de programmation, comme dans ses recherches de financements et la mise en place de ses projets territoriaux.
Ici et là, les répercussions de l’austérité sont devenues réelles et ont nettement dépassé la seule question financière. Quelques lignes d’édito ne suffiront plus à en dresser le bilan exhaustif. Le combat pour un service public digne, lui, résonne plus fort que jamais. Il faut croire encore en sa réussite et en son bien-fondé. La culture ne saurait se laisser étouffer, même lorsque les gaz lacrymogènes tentent de réduire au silence l’Orchestre du Nouveau Monde en plein cœur de Paris.