À Saint-Denis, à deux pas du Stade de France, par un beau jour d’été indien, l’Académie Fratellini se réveille doucement derrière son grand portail coulissant. Trois ans de travaux de rénovation et d’agrandissement ont transformé le lieu. Fidèles à l’esprit qui avait guidé son implantation en 2003 sur un ancien terrain industriel reconverti en parkings pour la Coupe du monde de football, les architectes Patrick Bouchain et Loïc Julienne avaient conçu des bâtiments pensés comme provisoires. Aujourd’hui, le rouge emblématique du cirque domine toujours, mais le bois s’impose comme la matière première de cette renaissance.
Dernières lignes droites

Encore assoupi, le site s’éveille peu à peu sous la conduite de Stéphane Simonin, directeur de l’Académie depuis 2012, qui en propose une visite improvisée. Du studio au grand chapiteau, de la halle centrale aux nouvelles annexes, les espaces rénovés se dévoilent, certains flambants neufs, d’autres empreints de leur histoire. Quelques câbles traînent encore, une couche de peinture rouge sèche lentement, tandis qu’un parfum de bois blond flotte dans l’atmosphère.
La grande halle, débarrassée des bureaux qui l’encombraient, est devenue le cœur battant du site. À ses côtés, deux ailes neuves abritent désormais studios, salles de répétition et espaces administratifs. « On a enfin un équipement à la mesure de nos ambitions », se réjouit Stéphane Simonin, directeur de l’Académie. « L’idée était de pérenniser un bâtiment conçu au départ comme provisoire. Aujourd’hui, il devient un vrai lieu de vie, de formation et de création. Et pour rester fidèles à l’esprit des architectes initiaux, la plupart des matériaux sont biosourcés. »
Un chantier écologique

Le projet, conduit par l’agence Atelier du Pont, a été pensé dans une logique de durabilité. Soixante-dix pour cent des matériaux utilisés proviennent du réemploi et 90 % de ceux issus de la déconstruction ont été recyclés. La halle a été renforcée et isolée, les abords végétalisés et les circulations réorganisées pour ouvrir davantage le site sur le quartier. « Conçu au départ comme un édifice provisoire en bois, le bâtiment est victime de son succès, s’imposant comme un lieu pérenne », souligne Stéphane Simonin.
Désormais, ce sont 7 000 m² entièrement consacrés au cirque, où se croisent apprentis, amateurs et compagnies invitées. « C’est une véritable ruche artistique, insiste le directeur. Nous formons 35 apprentis en cursus professionnel, mais aussi 350 élèves amateurs, sans compter les scolaires qui viennent chaque année découvrir les arts du cirque. »
Ainsi L’Académie Fratellini qui rouvre ses portes s’inscrit pleinement dans l’héritage d’Annie Fratellini et de Pierre Étaix, qui rêvaient d’un lieu de transmission. Depuis 2003, cette école singulière s’est installée au cœur d’un quartier en pleine mutation. Jadis entourée de friches industrielles, elle se retrouve aujourd’hui au centre du Grand Paris, reliée à l’ensemble de la métropole par la gare de Saint-Denis Pleyel et le RER.
L’école du futur
Dans un des studios de répétition, des élèves s’échauffent au trapèze ou au jonglage. Un peu plus loin, les premières années suivent un cours de danse où il leur est demandé de s’exprimer uniquement par le corps. Leurs gestes deviennent langage. Pas encore inauguré, le lieu bourdonne déjà. Au mur, les différents ateliers sont affichés et l’équipe des professeurs présentée. Tout est pensé pour que les artistes travaillent, échangent et inventent.
L’École supérieure délivre en trois ans un diplôme national professionnel d’artiste de cirque. Elle se distingue par son fonctionnement en alternance, qui plonge les apprentis dans des conditions réelles de spectacle, encadrés par des metteurs en scène et des chorégraphes reconnus, comme Pierre Rigal, Blanca Li ou Philippe Decouflé. « Chaque année, l’Académie produit une dizaine de spectacles, des grandes formes mais aussi des solos ou des duos à destination des scolaires », explique Stéphane Simonin. Le territoire fait partie intégrante de son identité. Un travail de fond est mené pour donner aux habitants le goût du cirque contemporain. L’Académie accueille aussi un large public amateur – enfants, adolescents ou adultes – qui viennent chercher le plaisir du jeu, la découverte d’une discipline et l’esprit de solidarité circassienne.
La fête au bout du chemin

Les 4 et 5 octobre, tout ce travail s’offrira au public. La programmation d’inauguration donne le ton avec des déambulations acrobatiques, des numéros de corde, des spectacles de compagnies émergentes, des performances musicales et circassiennes, des impromptus dans les couloirs. « Nous voulions une fête ouverte, populaire et gratuite, souligne Stéphane Simonin. C’est notre manière de dire que ce lieu appartient à tout le monde. »
La visite s’achève sous le petit chapiteau, aux airs cosaques et aux accents de palais éphémère arabo-andalou, qui servira de lieu de restauration. On imagine déjà l’endroit envahi et habité, les yeux levés vers les acrobates, les applaudissements résonnant sous la halle rénovée, les rires des enfants. Une nouvelle page s’ouvre pour l’Académie Fratellini, où l’art du cirque continue d’inventer ses formes, entre prouesses et poésie.
Académie Fratellini
Week-end de réouverture
4 & 5 octobre 2025