Paillettes, coulisses et lendemains

Édito du 22/12/2025
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En cette fin d’année 2025, pour combattre le climat inquiet et morose, les théâtres ont sorti leurs habits de fête. Programmations généreuses, comédies musicales, spectacles familiaux, formes fédératrices : le public répond présent. Même au cœur de l’hiver, le spectacle vivant continue de rassembler, de faire du lien, de tenir chaud.

Mais l’année a aussi été marquée par la multiplication des alertes sur le management toxique. Elles traversent désormais le secteur à visage découvert. À Genève, selon nos confrères de Télérama, la Fondation d’art dramatique, qui pilote la Comédie de Genève, a décidé sans concertation de ne pas renouveler le mandat de Séverine Chavrier. Déjà mise à l’écart du lieu, elle quittera la direction en 2027, sans second mandat, alors même que les audits en cours n’ont pas été menés à leur terme.

Dans le même temps, après une enquête révélée par Mediapart puis reprise par Télérama, le TJP de Strasbourg se trouve fragilisé par des témoignages mettant en cause la direction de Kaori Ito. Longtemps cantonnée aux coulisses, la question des conditions de travail s’impose désormais comme un enjeu politique majeur du spectacle vivant.

Cette fin d’année est aussi marquée par le deuil. Pierre Vial, 512ᵉ sociétaire de la Comédie-Française, disparaît. Artiste de troupe avant tout, il aura fait résonner sur la scène de la salle Richelieu les textes de Beaumarchais, Musset ou Claudel, avant d’être reconnu du grand public dans le rôle du mage Eusébius dans Les Visiteurs. Quelques jours plus tôt, Frédéric Nauzyciel s’est éteint. Artiste engagé, chorégraphe et photographe, il a su ouvrir, par son travail, des espaces de visibilité, de fête et de résistance. Deux disparitions qui rappellent l’humanité des parcours et la force durable des œuvres.

Heureusement, de bons augures pour 2026 s’annoncent. Après de longs mois de travaux, à Villeneuve-d’Ascq, La Rose des Vents rouvre ses portes, renouant avec son rôle de scène nationale attentive aux écritures contemporaines et aux formes exigeantes. À Nanterre, le Théâtre des Amandiers achève un vaste chantier de rénovation et retrouve ses espaces, ses volumes, ses salles repensées. Deux réouvertures très attendues, qui marquent autant la fin d’un temps suspendu que la promesse d’un nouvel élan artistique et d’un retour plein et entier des artistes comme des spectateurs.

À Avignon, la coordination entre le Festival In et le Off se confirme. Les deux manifestations se tiendront du 4 au 25 juillet 2026. Pour sa 80ᵉ édition, le festival fondé par Jean Vilar mettra à l’honneur la langue coréenne, affirmant la volonté d’ouvrir le plateau à des esthétiques encore trop peu visibles en France.

Côté Off, l’annonce d’un Pavillon Île-de-France fait figure de signal fort. Porté par la Région Île-de-France en partenariat avec le Théâtre du Train Bleu, ce dispositif vise à soutenir concrètement la diffusion des compagnies franciliennes. À rebours des désengagements observés ailleurs, ce geste redonne de l’élan et des perspectives à une création souvent mise à rude épreuve.

Dans ce contexte entre ombre et paillettes, la rédaction de Coups d’Œil vous souhaite de belles fêtes de fin d’année. Rendez-vous en 2026 pour continuer à regarder le spectacle vivant avec attention, exigence et engagement.

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