Derniers vœux, terrain fragile

Édito du 02/02/2026
Ecouter cet article

Le 29 janvier, au Palais de la Porte-Dorée, Rachida Dati a prononcé ses derniers vœux en tant que ministre de la Culture devant une salle clairsemée. À quelques jours de son départ de la rue de Valois pour la campagne municipale parisienne, elle s’adressait à une profession largement absente. Les organisations du spectacle vivant avaient appelé au boycott. La CGT manifestait à l’extérieur. La scène avait déjà des allures de fin de règne.

Sans jamais se départir de sa faconde « trumpienne » ni de son sens de la formule, la ministre a défendu son bilan, invoquant continuité, responsabilité et modernisation. Elle a surtout revendiqué la « sanctuarisation » du FONPEPS. Les chiffres racontent une histoire très différente. L’enveloppe passe de 55 à 35 millions d’euros. Sur le terrain, les compagnies le vivent déjà. Les équipes se resserrent, les créations se décalent, les embauches se raréfient.

Avignon Festival & Compagnies a tenté d’en mesurer les effets. Pour le Off, l’aide globale chuterait de 4,8 à 2,2 millions d’euros. Dans les théâtres, cela signifie des distributions réduites, des cachets revus à la baisse, des artistes acceptant des conditions plus précaires pour continuer à jouer. Et des projets qui s’éteignent dans l’œuf avant d’avoir vu le jour.

Dans le même temps, la ministre a annoncé une « Fête du théâtre » en 2026. Un week-end portes ouvertes, sur le modèle de Tous à l’Opéra. L’idée séduit sur le papier, mais reste sans contours. Pas de dates, pas de budget, pas de cadre. Le ministère cherche encore un mécène. Les directions de lieux observent la promesse avec distance. Elles peinent déjà à maintenir leurs saisons, arbitrent entre programmation, médiation et charges fixes, et n’entrevoient guère de marge pour un nouvel événement.

La réforme du Pass Culture suit la même ligne. La ministre parle de rééquilibrage. Les établissements voient surtout les montants baisser pour les jeunes. Ils adaptent leurs offres, réduisent certaines actions, comptent davantage sur des collectivités elles-mêmes sous tension.

Le Festival d’Avignon a nommé Clémentine Aubry directrice déléguée auprès de Tiago Rodrigues. Passée par le Centquatre-Paris, le Louvre et les Bouffes du Nord, elle prendra ses fonctions au printemps 2026. Dans le même temps, le Palais des papes confiera sa grande exposition à Macha Makeïeff. L’ancienne directrice de la Criée de Marseille, familière d’Avignon, investira cette fois les espaces muséaux du palais pour une création plastique inédite.

Le discours politique promet une fête. Le terrain réclame des moyens. Les artistes demandent du temps, des équipes, des lieux, des salaires. Le théâtre continue de se faire. Plus lentement. Plus difficilement. Sous contrainte.

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.