L’héritage est un sujet qui alimente la littérature, le théâtre et les faits divers. La cupidité a détruit des familles, révélé des caractères, soulevé des failles psychiques. Dans Toute la famille que j’aime, tout va partir d’une belle suite de quiproquos, de malentendus et d’un manque cruel de communication.
Il n’avait rien vu venir

Jean-Philippe s’apprête à célébrer son soixante-dixième anniversaire, en déjeunant avec ses enfants, Laura et David. Ce chef d’entreprise est aussi un fan absolu de Johnny Hallyday. C’est sa source d’inspiration dans la vie. Ses enfants, eux, craignent que leur fantasque de père, à l’image de son idole, ne les déshérite. Une psychiatre doit venir constater que leur père ne peut plus gérer ses affaires. La trame est un peu mince, mais elle fonctionne, car tous les personnages sont croqués adroitement et sans caricature, grâce à la direction au cordeau de la metteuse en scène, Anne Bouvier.
Un délicieux père enfantin
Michel Boujenah, dont le capital sympathie est indéniable dès qu’il entre en scène, incarne toute la candeur d’un homme au caractère joyeux. On comprend pourtant assez vite qu’une sorte d’égoïsme régit son existence, surtout depuis la mort de sa femme. Son attachement à ses enfants semble de l’ordre de l’habitude. Il les aime mais ne s’inquiète pas trop de leur sort, encore moins de leurs joies et de leurs peines. Le comédien joue à la perfection cet éternel enfant qui n’a jamais su formuler ses sentiments. En bon naïf, il exprime d’abord l’incrédulité. Comme c’est un gentil, il accordera très vite son pardon.
Des enfants terribles
Ses chers enfants sont en quelque sorte à son image. On ne peut pas dire que ce sont de méchantes ou mauvaises personnes. David est un adulescent qui n’arrive pas à trouver sa place dans l’entreprise de papa, dans son couple et dans la société. Guillaume Bouchède est impayable en gros nounours candide et rêveur qui ne comprend rien à rien. Sa gaucherie donne un aspect joyeux à la mise en place du terrible stratagème de sa sœur.

Même si c’est elle qui mène le jeu de la pauvre tentative de captation de l’héritage de papa, Laura est plus cupide que cruelle. À la différence de son frère, elle n’a pas besoin d’argent. Un beau mariage a fait l’affaire. Mais, vingt ans plus tard, qu’en reste-t-il ? Dans un jeu très subtil dans lequel on perçoit les manques affectifs, Anne-Sophie Germanaz rend touchant ce personnage complexe. N’ayant rien en commun, le duo frère-sœur, à l’image de l’opposition clownesque, fonctionne à merveille.
Une psy royale
Les scènes avec la psychiatre sont savoureuses. La professionnelle découvre tout d’abord l’étendue des supposés dégâts de la dégénérescence de Jean-Michel. Et quand elle comprend que quelque chose cloche, on se régale. Ce personnage est tenu par un Stradivarius, Raphaëline Goupilleau. Son phrasé particulier, dans lequel toutes les ruptures pétillent, cette sensibilité à fleur de peau nous réjouit.
Un boulevard sans accident
Mettre en scène un boulevard, c’est aussi savoir doser les rythmes dans les dépassements, légitimer les incongruités des situations, donner sens aux intentions des personnages. Anne Bouvier (Le journal, Kamikazes, Miss Nina Simone, Darius) a réglé au cordeau cette comédie destinée avant tout à distraire, sans oublier d’en souligner l’essentiel, ces liens confus mais si beaux qui unissent une famille.
Toute la famille que j’aime de Fabrice Donnio et Sacha Judaszko
Théâtre des Variétés – Paris
Du 23 janvier au 9 mai 2026
Durée 1h30.
Mise en scène Anne Bouvier
Avec Michel Boujenah, Guillaume Bouchède, Anne-Sophie Germanaz, Raphaëline Goupilleau.
Assistant à la mise en scène César Duminil
Scénographe Citronelle Dufay
Lumières Denis Koransky
Costumes Noémie Balayre
Compositeur Mehdi Bourayou et Laurent Guillet.