Un plateau nu sur lequel sont installés une chaise d’un côté et des packs d’eau de l’autre. Cet espace neutre représente un gymnase ouvert dans l’urgence, pour accueillir les rescapés d’un camping englouti par la montée des eaux. Tamara prend place sur la chaise face à un interlocuteur invisible. Elle explique que c’est en toute conscience qu’elle a choisi ce camping implanté en zone inondable, car c’est dans les zones d’inconforts qu’elle se sent le plus en sécurité. C’est ainsi depuis l’enfance. Si elle n’a pas encore touché le fond de la piscine, elle n’en est pas loin.
Et comme « parler est déjà une façon de ne pas couler », elle dévoile ses terribles angoisses, ses névroses et ses nombreuses phobies. On rit beaucoup au récit de Tamara, qui semble avoir élevé le mal-être en art de vivre. Puis, subtilement, la clef de son inaptitude à trouver l’équilibre dans la vie nous est donnée et l’émotion prend le pas. Dans l’écriture comme dans le jeu, Tatiana Djordjevic a du style. Celui-ci est mordant, ironique, tout en rupture. La patte du professeur ès-humour décalé qu’est François Rollin se fait sentir dans le rythme du phrasé, dans cette distanciation qui existe entre le personnage et son interprète. La scène finale, en hommage à la chanteuse Barbara, s’ouvre sur une note optimiste, car la joie de vivre peut surgir sans prévenir.
Le fond de la piscine, de Tatiana Djordjevic
Spectacle vu le 30 avril 2026 au Théâtre du Marais – Paris
Présence Pasteur – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 19h40, relâche les jeudis
Durée 1h.
Mise en scène François Rollin
Avec Tatiana Djordjevic
Lumière Anne Coudert.



