Thibault Perrenoud
Thibault Perrenoud © Jérémy Bruyuère

Thibault Perrenoud : « Jouer Hamlet, ce n’est pas d’une grande originalité, mais c’est d’une grande nécessité »

Le metteur en scène présente au Festival d'Avignon une version itinérante de la pièce de Shakespeare, portée par un trio de comédiens.
23 juin 2026
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Pourquoi mettre en scène Hamlet, qui est l’une des pièces les plus jouées au monde, et que vous avez vous-même montée à plusieurs reprises ?

Thibault Perrenoud : Parce que, à mon sens, c’est la plus grande pièce de tous les temps, à condition de la monter avec générosité. Pour être plus précis, c’est une pièce idéale pour qui aime le théâtre, tant à l’intérieur de cette œuvre phare de William Shakespeare coexistent des registres très différents – scènes de fantômes, scènes à deux, bouffonneries, violence… Elle foisonne de styles mais aussi de thématiques, de la mort à la folie, du deuil à l’amour, de l’amitié à la création. Je ne choisis pas de rejouer Hamlet pour une raison précise, mais pour toutes les possibilités que la pièce permet. J’ai l’impression que l’on pourrait y passer une vie sans toucher un dixième de millième de ce qu’elle a à offrir. Jouer Hamlet, ce n’est pas d’une grande originalité. Mais c’est d’une grande nécessité.

D’adaptation en adaptation, vous réduisez progressivement le nombre de comédiens au plateau, jusqu’à seulement trois dans cette version. Pourquoi? 
© Gilles Le Mao

Thibault Perrenoud : Je ne suis pas le premier à le faire, Peter Brook ayant déjà monté la même pièce avec trois comédiens. C’est possible parce que dans Hamlet , beaucoup de scènes se jouent à trois. Artistiquement, cela m’intéresse d’aller à l’os de la pièce, en y introduisant moins de technique et moins de comédiens. Cela permet de s’intéresser de manière plus active au texte et aux thématiques dont parle William Shakespeare, et dont moi aussi je souhaite parler.

Quelles sont ces thématiques ? 

Thibault Perrenoud : La plus centrale pour moi est la question du deuil. J’arrive moi-même à un âge où nous ne sommes plus très loin de perdre nos parents – dans le spectacle, Hamlet perd son père –, ce qui me donne envie de m’intéresser davantage à ces questions, de comprendre ce qui se brise lorsque l’on perd un parent, et ce qu’il faut faire une fois que quelque chose s’est rompu. Hamlet en parle très bien, et de manière très intéressante. Tant d’événements se succèdent en peu de temps, entre le décès du père et le remariage de la mère avec l’oncle Claudius.

Le texte a une dimension psychologique, mais sans le divan, et en beaucoup plus théâtral : que faire après le deuil ? Comment se libérer, et doit-on recommencer quelque chose de sa vie ? Faut-il se venger ? À la fin de la pièce, tous les personnages meurent parce que « quelque chose est pourri au royaume du Danemark », et l’impression s’impose qu’il fallait cette purge, ce face-à-face avec la vérité, pour que la vie puisse continuer.

Qu’avez-vous décidé de changer dans cette version ? 

Thibault Perrenoud : Cette fois-ci, la pièce sera en itinérance, ce qui signifie que nous avons quasiment une scénographie par lieu. Nous allons tirer partie de chaque endroit, une cour de château, des ruines… L’objectif est de mettre en scène un mariage, celui de Gertrude et Claudius, dont les spectateurs seraient les invités. Le public va nous aider à dessiner l’espace de la pièce et à raconter la fiction. Sans eux, pas de spectacle.

Pourquoi teniez-vous à faire participer le public ? 

Thibault Perrenoud : Je voulais proposer une version d’ Hamlet dans la tradition du Théâtre du Globe où Shakespeare jouait, très vivante et un peu moins solennelle. Cela n’exclut pas une forme de solennité, il reste possible de se poser ensemble des questions, bien sûr. Mais le théâtre de Shakespeare se faisait à ciel ouvert, avec du public un peu partout. En tant que spectateur, j’ai remarqué qu’au fil du temps, cette pièce d’une grande vitalité avait été alourdie d’une gravité qui n’est pas la sienne. J’aimerais que ce dispositif permette de s’étonner à nouveau d’une œuvre que tout le monde croit connaître, de la vivre pleinement, de la réentendre, en faisant tomber la distance qu’amène la langue de Shakespeare, un peu ancienne.

Pensez-vous qu’Hamlet résonne différemment à notre époque ?

Thibault Perrenoud : En tout cas, cette question se pose toujours quand on monte un classique, celle de savoir pourquoi le jouer aujourd’hui. Je dirais qu’Hamlet nous parle évidemment de nous. C’est une pièce qui décrit un royaume pourri, en train de s’effondrer. Je ne veux pas forcer le trait en affirmant que c’est spécifiquement de notre époque qu’il s’agit, mais il me semble que c’est là la forme des grands auteurs : ils n’enferment pas leurs propositions dans une seule époque et, comme des buvards, leurs textes accueillent les préoccupations de chaque période historique.

Hamlet parle beaucoup des violences faites aux femmes et du patriarcat, deux thématiques éminemment actuelles. Je ne montre pas cette pièce pour que le spectateur se dise « c’est comme aujourd’hui », mais pour que chacun puisse y trouver ce qui résonne avec notre époque, qu’il s’agisse de questions intimes ou politiques.


Hamlet, d’après William Shakespeare
Festival d’Avignon
En itinérance
Du 8 au 20 juillet 2026
Durée : 1h30.

Mise en scène de Thibault Perrenoud 
Avec Aurore Paris, Guillaume Motte, Thibault Perrenoud 
Traduction, adaptation, dramaturgie de Clément Camar-Mercier 
Scénographie de Jean Perrenoud 
Lumières de Nicolas Faucheux
Costumes d’Emmanuelle Thomas  
Collaborateur artistique – Mathieu Boisliveau 
Régie générale, plateau et son – Raphaël Barani
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