Trois adolescentes l’attendent à sa sortie de scène. L’une d’elles s’approche et ose glisser, émue : « Ne change jamais. Tu es tellement solaire et généreux. » À Chaillot Théâtre national de la danse, où il a été convié à animer des ateliers de pratiques artistiques pour des élèves, Sofiane Chalal leur a fait la primeur française de son nouveau solo Bigger en cet après-midi de mai. Au milieu du grand foyer, avec vue sur la tour Eiffel, le danseur aux mensurations hors normes a fait entrer les collégiens dans son univers à la fois poétique, presque chaplinesque, où la vulnérabilité devient puissance. L’ancien b-boy, malgré son nombre incalculable de battles au compteur, apprécie cette proximité avec le public. « Cela me touche que les jeunes viennent spontanément me confier comment ils ont perçu le spectacle. »
Une relation directe avec le public

Bigger, il l’a créé dans le sillage de Ma Part d’ombre, son premier solo de 2022 qui a connu un immense succès avec plus de 150 représentations. Cette forme courte, d’environ trente minutes, a été pensée pour des spectateurs installés à 360° et pour être jouée partout. Une simplicité pour mettre l’accent sur la rencontre et l’interaction. « C’est une forme très libre qui repose sur une relation directe avec le public. J’aime observer les réactions, sentir les questionnements et adapter le spectacle en temps réel. Cette dimension d’improvisation vient de ma culture hip-hop. »
Créée en Grèce à l’Institut français d’Athènes en mars 2026, cette pièce prolonge ce que son premier solo avait fait surgir. « Prendre pleinement sa place, occuper l’espace sans s’excuser », alors que son physique ne répond pas aux critères a priori attendus pour un danseur. Sofiane Chalal n’est pas le premier à bousculer les codes sur ce sujet, mais son écriture chorégraphique, qui emprunte autant au popping qu’à la danse contemporaine, ouvre d’autres perspectives.
Promouvoir la représentation des corps gros

Son prochain défi est une pièce de groupe baptisée XXL, où il se retrouve avec trois danseuses en surpoids au plateau. « Les attentes sont fortes. C’est à la fois excitant et vertigineux. Je l’aborde comme un challenge avec l’envie de défendre une vision artistique claire », explique-t-il. Celle de promouvoir la représentation des corps gros. Au dernier concours Danse élargie, qui s’est tenu au Théâtre de la Ville les 6 et 7 juin, XXL a remporté la mention spéciale du Jury d’Artistes. « Ce qui l’emporte c’est qu’il s’agit d’un spectacle qui par sa puissance et son énergie déploie un geste évident. On célèbre ensemble la joie de voir enfin des corps encore trop peu présents sur les plateaux. Vous êtes incontestablement nécessaires », a précisé la metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen en lui remettant sa distinction.
Pas une contrainte, une signature
Le temps a passé depuis que l’enfant de Maubeuge montait sur scène pour des concours chorégraphiques dans le Nord en entendant : « Mais il est gros, il ne peut pas danser ». Ses kilos en trop ne l’ont pourtant pas empêché de trouver sa place dans cet art. Celui qui a commencé dans son salon vers l’âge de 7 ans, entouré de frères danseurs, arpente les scènes très tôt, y trouvant sans doute une échappatoire aux moqueries et autres regards blessants. Sa technique, sa musicalité et son charisme lui valent une reconnaissance rapide. Vice-champion du monde de danse hip-hop et figure de la scène urbaine, il s’ouvre à la création contemporaine à partir de 2015 et devient interprète pour des chorégraphes comme Farid Berki, Christophe Piret (Barbaresques) et Brahim Bouchelaghem. En 2018, il crée sa compagnie Chaabane.
Sofiane Chalal dénote dans l’univers chorégraphique. Là où certains verraient une contrainte, il a choisi d’en faire une signature. Son corps, dense et puissant, se déploie avec une étonnante légèreté, défiant les lois de la gravité et les attentes du public. Cette singularité est au cœur de son travail chorégraphique. Dans Ma part d’ombre, il explore la dualité entre l’artiste admiré sur scène et l’homme confronté aux jugements du quotidien. Mêlant danse, texte et vidéo, il raconte avec pudeur les regards, les stéréotypes et les contradictions qui accompagnent son parcours. Le spectacle devient alors une réflexion universelle sur l’acceptation de soi et la manière dont chacun construit son identité face aux autres. « En dehors de la scène, on me regarde comme un gros. Quand je suis sur scène, soudain tout change dans le regard des gens », confie-t-il.
Chaque projet comme un recommencement

Sans jamais verser dans le manifeste, XXL qu’il présente au festival de Marseille avant la création en octobre 2026 au Manège Maubeuge où il est artiste associé, porte une dimension politique assumée. Non pas que le chorégraphe aspire à délivrer un discours, mais parce que la simple présence de ces corps sur scène constitue déjà un geste fort. « Je ne cherche pas à être militant à tout prix, mais à faire exister ces corps, à les célébrer et à montrer leur puissance artistique », précise-t-il. Pour nourrir la création, il a invité ses interprètes à raconter leur histoire, leur rapport au miroir, à la danse, au regard des autres. Ces récits sont devenus une matière précieuse, une mémoire collective qui a irrigué le travail chorégraphique.
À 39 ans, Sofiane Chalal a le sentiment d’être à un moment décisif de son parcours. Les projets s’accumulent, les invitations se multiplient, les responsabilités aussi. Il parle d’urgence, non pas comme d’une inquiétude, mais comme de la conscience aiguë qu’une fenêtre s’ouvre. « C’est maintenant que ça se passe », répète-t-il. Ce qui frappe chez lui, c’est la coexistence du doute et de la détermination. Il continue d’aborder chaque projet comme un recommencement. Une posture sans doute héritée du battle. Rien n’est acquis, tout se rejoue à chaque entrée en scène.
XXL de Sofiane Chalal
Avant-premières du 18 au 20 juin 2026 à la Friche La Belle de Mai dans le cadre du Festival de Marseille
Création du 7 au 9 octobre 2026 au Manège Maubeuge, Scène nationale transfrontalière
Durée 1h.
Tournée 2026
13 octobre 2026 au Vivat, Scène conventionnée d’intérêt national, Armentières
15 et 16 octobre 2026 au Phénix, Scène nationale, Valenciennes
6 et 7 novembre 2026 à La Barcarolle, scène conventionnée Danse et musique, Saint-Omer, Festival Laissez-moi danser
13 novembre 2026 au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, (Belgique), Festival Le corps en jeu, en partenariat avec Charleroi Danse – Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles
17 au 20 novembre 2026 à la Maison de la Culture Amiens, Scène nationale et Le Safran, Scène conventionnée
4 décembre 2026 aux Quinconces et L’Espal, Scène nationale du Mans
Tournée 2027
7 au 9 janvier 2027 à l’Opéra National de Paris, Amphithéâtre Bastille
16 et 17 janvier 2027 au Festival Suresnes Cités Danse
19 au 21 janvier 2027 au Théâtre d’Orléans, Scène nationale
23 janvier 2027 à L’espace des arts Scène nationale de Chalon sur Saône
26 janvier 2027 au Festival Hip Open Dance 2027 – Flow, Lille
2 et 3 février 2027 à La Rose des Vents, Scène nationale, Villeneuve d’Ascq en partenariat avec la Maison de la culture de Tournai
12 février 2027 au Théâtre Le Liburnia, Libourne
11 mars 2027 au Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues
1er avril 2027 au Théâtre Le Pavillon, Romainville
23 avril 2027 au Théâtre Coluche à Plaisir
4 mai 2027 au Théâtre Paul Éluard de Bezons
Chorégraphie : Sofiane Chalal
Avec Samantha Chaher, Sofiane Chalal, Missy NRC, Maëla Trollé
Dramaturge : Youness Anzane
Assistant chorégraphe : Moustapha Bellal
Créateur lumières : Adrien Hosdez
Créateur sonore : Mathieu Calmelet
Régisseur général : Adrien Hosdez
Costumière : Shuqian Zhang



