L'Amant - Harold Pinter - Sarah Biasini © Emilie Brouchon
Sarah Biasini dans L'Amant d'Harold Pinter, mis en scène par Thierry Harcourt © Emilie Brouchon

Jouer l’amant : La formidable mise en abîme de Sarah Biasini

Emboîtant son histoire à la manière des poupées russes – les matriochkas, ce second roman confirme le talent d’écriture de la comédienne qui nous offre, à travers son analyse de la pièce d’Harold Pinter, une très belle réflexion sur son métier, le bonheur conjugal et les relations amoureuses.
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On retrouve son style vif et ciselé qui nous avait séduits dans son précédent ouvrage, La beauté du ciel, écrit lors du confinement. Avec ce livre comme une longue lettre à sa fille, Sarah Biasini faisait des premiers pas prometteurs dans la littérature. Pour ce second ouvrage, qui se dévore avec gourmandise, l’autrice a trouvé son inspiration alors qu’elle jouait L’Amant d’Harold Pinter, au Festival Off Avignon, en juillet 2025. Elle y a puisé une belle matière pour dresser le portrait d’une comédienne, femme à la quarantaine resplendissante, qui peine à conjuguer le verbe aimer.

Un subtil mentir vrai

« La réalité et la fiction ont en commun deux vérités immuables : C’est l’été et je m’appelle Sarah ». C’est ainsi que débute son récit. Pourtant, réalité et fiction ne vont cesser de se croiser et de s’entremêler. Ce jeu de la vérité déformée permet à l’autrice de prendre de la distance avec elle-même et de toucher à l’universel.

Le paradoxe du comédien
Sarah Biasini - Jouer l'amant - Ed Stock

Il y a d’abord, l’actrice Sarah Biasini jouant Sarah, personnage féminin dans L’Amant d’Harold Pinter. Nous sommes dans la réalité, l’autrice ouvre le rideau et nous conduit en coulisses. Sa description sensible de ce qui constitue un spectacle – compréhension du personnage, répétitions, mises en place, trac, représentations, coulisses, relations avec ses partenaires – est de toute beauté.

Il y a ensuite Sarah, personnage imaginé par le dramaturge anglais dans cette histoire d’adultère. L’Amant est une pièce étrange sur la vie conjugale et ses accommodements. Sur la flamme amoureuse qu’il faut entretenir. Harold Pinter s’amuse avec le réel et le fictionnel, se servant de ce dernier pour sublimer l’autre. Là encore, Sarah Biasini séduit avec son analyse pertinente et sensuelle de ce personnage énigmatique, une femme qui joue une autre femme pour plaire à son époux.

Les choses de la vie

De cette rencontre entre les deux Sarah va naître la troisième. Une Sarah de fiction qui ressemble à s’y méprendre à la première, mais n’a pas l’audace de la seconde. Une femme fraîchement célibataire qui revient sur ces amours déçus, Vincent, François, Paul et les autres. C’est ainsi, en clin d’œil à Claude Sautet, qu’elle nomme les hommes qui ont traversé sa vie. Une mère de famille qui doit apprendre à son fils comment bien grandir. Une femme qui rêve encore à l’amour mais qui pour cela doit réparer ses failles. Le parcours émotionnel de ce personnage attendrissant résonne en sororité. Ce regard très sensible qu’elle porte sur le monde, comme sur elle-même, est magnifique.


Jouer l’amant de Sarah Biasini
Éditions Stock
En librairie le 6 mai 2026
Prix 19 € (format papier) 13,99 € (format numérique).

La pièce L’Amant est reprise du 29 mai au 4 juillet 2026 à la Salle Réjane du Théâtre de Paris

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