Au plateau, quelques instruments, une table, un banc suffisent à planter le décor. Pas besoin de plus pour être percuté par la terrible existence de François Créton. Ses parents le délaissent, une nounou aimée le recueille mais son fils en fait son souffre-douleur, un homme en gabardine le viole avant ses dix ans. Alors, pour ne plus voir, ne plus subir, ne plus sentir, il plonge très tôt dans les paradis artificiels. La drogue, l’alcool, il a à peine douze ans et a déjà tout connu de l’horreur du monde.
Une rage presque animale
Ce récit noir, glaçant, François Créton le porte sans pathos, mais sans l’édulcorer non plus. Sa parole est brute, parfois heurtée, souvent drôle. Un humour cabossé qui surgit au détour des pires souvenirs, comme une manière de rester vivant. Guitare électrique à l’épaule, nourri par une énergie rock et punk qu’il revendique, il avance dans les décombres de sa propre existence avec une rage presque animale.
À ses côtés, Marie Desgranges accompagne le mouvement, relance le récit, chante, respire avec lui. La complicité du duo ne fait pas de doute, mais quelque chose résiste. À trop coller au récit autobiographique sans chercher à le théâtraliser, le spectacle peine à dépasser le seul cadre intime, celui du cas particulier. Reste pourtant cette mise à nu frontale, portée par la présence rocailleuse et fragile de François Créton. Il expose ses cicatrices sans pudeur, mais sans voyeurisme non plus. Il arrive sur scène avec ses failles, ses trous noirs, ses blessures encore ouvertes.
En permettant à cet artiste touche-à-tout de se délester d’une partie de ses fantômes, Défoncé possède quelque chose de troublant. Pourtant, malgré la violence du récit et sa dureté, le spectacle reste trop sage, trop maîtrisé, et manque d’un peu de soufre et de vertige. Difficile toutefois de rester indifférent face à ce rockeur au cœur tendre qui a vécu l’indicible. Ses enfants, dit-il, l’ont sauvé à leur manière. Abstinent à tout sauf à la vie, François Créton avance désormais avec une niaque renouvelée.
Défoncé de François Créton
Théâtre de Belleville
du 3 au 31 mai 2026
durée 1h15
Tournée
Du 4 au 23 juillet 2026 au 11 • Avignon dans le cadre du Festival Off Avignon
Adaptation de Marie Desgranges
Mise en scène de Marie Desgranges
Avec François Créton et Marie Desgranges
Conseil – Veronique Felenbok
Collaboration artistique – Matthias Girbig
Conception lumière – Madeleine Campa