© Gregory Rubinstein

Anitya – L’impermanence : Inbal Ben Haim sur le fil de l’éphémère

En tournée au Théâtre de Nîmes après sa création au Cirque-Théâtre d'Elbeuf, l’artiste présente sa dernière pièce, pensée comme une expérience collective ingénieuse et poétique.
12 février 2026
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Au centre du dispositif quadrifrontal, la structure s’impose par sa taille autant que par sa complexité. Un grand cube noir aux faces vides s’élève à plusieurs mètres de haut. En lui, un kilomètre de fils blancs se croisent et se mêlent, formant dans ce réseau alambiqué des figures géométriques qui ne tiennent évidemment pas du hasard. En guise de scénographie, la sculpture est d’une précision épatante.

Autour d’elle tourne Inbal Ben Haim, accueillant les spectateurs une pelote à la main. Elle enroule le fil grâce auquel tout tient ou tout s’effondre. La représentation n’a pas commencé, et déjà quelque chose d’instable est à l’œuvre. Anitya – L’impermanence s’apprête non pas à commencer, mais à se poursuivre.

L’ordre et le chaos
© Gregory Rubinstein

Il ne faut pas longtemps pour que l’image commence à se métamorphoser. Un fil tiré depuis le public défait lentement la toile tissée, qui paraissait si solide et qui s’évapore pourtant sans effort. En son sein, la circassienne évolue d’abord sous la contrainte de cet espace qui grandit autour d’elle. Le geste toujours plus ample, elle trouve peu à peu sa liberté d’acrobate, tandis que le tableau tend vers l’épure. Mettant à contribution celles et ceux venus la regarder, Inbal Ben Haim défait lentement ce décor précaire pour en révéler d’autres. Dans un même lieu finissent par cohabiter l’ordre et le chaos, la poésie et la brutalité, en métaphore d’un monde inconstant.

La proximité induite par le dispositif ne tient pas de la lubie, elle est essentielle à la dramaturgie. En mettant à contribution les spectateurs dans son processus de (dé)construction, l’artiste crée un environnement d’interdépendances. Y prendre part ou s’en tenir à sa place d’observateur est une question de posture. Qu’importe le point de vue, la parabole est limpide et esthétiquement réussie, dans cette bulle commune que viennent consolider les lumières de Louise Rustan et le son de Nova Materia.

Sur un fil

Anitya – L’impermanence tient moins de la représentation performative que de l’expérience collective, tant le rapport de confiance entre Inbal Ben Haim et le public est primordial. À ce titre, la circassienne relègue les notions de spectaculaire et de démonstration de force, au profit d’une approche plus sensible et interactive, quitte à en prendre le temps. Et pour cause, sujettes au bon vouloir des participants, la confection et la déstructuration des images instaurent un rythme inégal, d’autant que l’intrication des fils réserve parfois son lot de surprises et de dysfonctionnements.

Pour autant, l’écriture de cette pièce est d’une ingéniosité à provoquer l’émerveillement et à garder une forme d’espoir. Telle une boîte de Pandore, la structure agit comme un concentré d’humanité, où s’enchevêtrent, sans amertume ni effusion, le pire et le meilleur. Au plateau, l’un et l’autre s’alimentent en permanence, permettant au cycle de se poursuivre selon la maxime, fil rouge de ce spectacle : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».


Anitya – L’impermanence d’Inbal Ben Haim
Création le 21 novembre 2025 au Cirque-Théâtre d’Elbeuf
Vu au Théâtre de Nîmes
11 et 12 février 2026
Durée 1h.

Tournée
25 au 26 février 2026 au
TMG – Grenoble
10 au 11 mars 2026 au Grand R, Scène nationale de la Roche-sur-Yon
14 au 16 mars 2026 au
Moulin du Roc, Scène nationale de Niort
19 au 21 mars 2026 à la
Scène nationale d’Orléans
25 au 28 mars 2026 aux Subs, Lyon, dans le cadre du Festival Transforme
1er au 2 avril 2026 au
Festival Spring, Centre culturel Bourvil, Franqueville-Saint-Pierre
15 au 17 mai 2026 au Festival Ruhrfestspiele, Recklinghausen, Allemagne
28 au 30 mai 2026 au
Théâtre de la Cité Internationale, Paris
3 au 5 juin 2026 au
Théâtre national de Bretagne– Rennes, dans le cadre du Festival Transforme

De et avec Inbal Ben Haim
Scénographie – Inbal Ben Haim
Dramaturgie – Samuel Vittoz
Regard extérieur chorégraphique – Kitt Johnson, Vania Vaneau et Jordi Gali
Création sonore – Nova Materia
Création lumière – Louise Rustan
Assistante artistique – Hristina Sormaz et Isaure Jacques
Régisseur général – Théo Vacheron

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