Arthur Cachia (c) Bruno Perroud
© Bruno Perroud

Arthur Cachia : Le théâtre au menu de sa vie

Il a quitté les sphères de la haute gastronomie pour embrasser une carrière de comédien et aujourd’hui de metteur en scène. Il est au Festival Off Avignon avec Les justes d’Albert Camus et Le Schpountz de Marcel Pagnol, l’occasion de faire le point sur son parcours.
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Vos débuts

Votre premier souvenir d’art vivant ?
Il y a deux choses qui m’ont toujours fasciné dans le théâtre. La première est de rendre possible l’impossible, quand l’irréel surgit soudain devant vos yeux. Un jour, le collège nous emmène voir Maître Puntila et son valet Matti mis en scène par Omar Porras au théâtre de Châteauvallon, et s’ouvre alors devant moi un monde nouveau, extraordinaire… Découvrir qu’un ailleurs existe, un ailleurs à mon image, a semé un moi une graine qui ne cessera de germer secrètement.

La deuxième chose est les coulisses, l’envers du décor, le mystère derrière le mystère. J’assiste un jour à un spectacle de l’équipe d’animation d’un village vacances. Les plumes, les paillettes, ce qu’ils fabriquent derrière, tout tend à exciter en moi l’envie d’aller voir au-delà, d’en faire partie. Je les recroise le lendemain, ils ont l’air tout à fait normaux mais je sais que quelque part au fond d’eux, sommeille cette folie qui surgira à nouveau le soir venu.

Arthur Cachia - Les Justes © Sébastien Toubon
« Les Justes » d’Albert Camus © Sébastien Toubon

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
J’étais très mauvais élève, la seule satisfaction que je retirais de ces journées sans fin était « d’amuser la galerie ». Depuis, j’ai entendu fréquemment des gens me dire : « tu devrais faire du théâtre ». Je n’avais aucune idée de ce que ça voulait dire, si ce n’est : là-bas, dans le monde du théâtre, il y aura peut-être une case pour toi. Après avoir travaillé 10 années dans la haute gastronomie, et perdu de vue le « facteur humain » dans un quotidien guidé par la pression, le stress et la rentabilité, j’ai tout arrêté. Et, toujours rythmé par ce fameux « tu devrais faire du théâtre », j’ai foncé à Paris pour aller voir ce que c’était vraiment.

Qu’est-ce qui vous a guidé vers cette spécialisation ?
Il y a cette histoire qui sans aucun doute m’a guidé vers cet art, et m’a fait pressentir depuis toujours que j’avais quelque chose à y faire. Ma grand-mère m’a souvent raconté qu’à ma naissance, alors que j’étais encore à la clinique, une gitane s’est précipitée dans la chambre en disant : « Il faut que je parle à la maman ! Cet enfant qui vient de naître aura du succès sur les planches, ce sera un grand artiste ». Qu’est-ce que vous voulez faire de ça ? Ces histoires de providence, moi ça m’a toujours fait rêver, alors…

Il y a aussi le métier de metteur en scène que j’apprends et j’y prends du plaisir ! Dernièrement j’ai co-mis en scène avec Delphine Depardieu Le Schpountz de Marcel Pagnol. Je travaille actuellement à ma première mise en scène en solo. C’est vertigineux et très excitant. J’aime avoir cette place-là, cela m’apporte beaucoup en tant que comédien, de prendre du recul sur ce qui se passe sur une scène.

Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé…
Quand j’étais môme j’ai joué un mouton dans la crèche vivante… Et puis un peu plus tard, alors que j’étais inscrit au cours de théâtre dans un centre culturel. Nous présentions une histoire de sorcière qui ne voulait pas manger de chocolat. J’ai joué ma seule scène sous une table, le dos tourné au public, devant 900 personnes… Une dame sortait sa tête des coulisses en me criant : « tourne-toi ! Tourne-toi ! ». Et moi de lui répondre « non j’peux pas y’a trop d’monde » … J’étais terrorisé. Après ça on a plus beaucoup entendu parler de théâtre à la maison…

Passions et inspirations
Arthur Cachia - Le Schpountz © Ville d'Aubagne
« Le Schpountz » de Marcel Pagnol © Ville d’Aubagne

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Fanny et Alexandre mis en scène par Julie Deliquet à la Comédie-Française. Elsa Lepoivre, irradiante, immense, rentre par la salle, me frôle, c’est une chape de plomb que je sens vibrer à ma gauche. Je ne comprends pas très bien ce à quoi je suis en train d’assister. Le vrai, le faux, tout s’emmêle, je suis au bord d’un gouffre. À l’entracte, le rideau se baisse sur un Denis Podalydès mourant, qui vient de nous faire hurler de rire pendant dix minutes, et je reste plongé dans les pleurs et l’angoisse, incapable de bouger de mon siège.

The Last Call de Marion Motin et The Seasons’Canon de Crystal Pite à l’Opéra Garnier pour la beauté des corps, et les lumières ! Quand les corps s’expriment si magnifiquement, la parole n’a plus de raison d’être. La puissance d’un geste peut me terrasser bien plus que des mots.

4 Sous Zéro. C’est la fin du confinement, je retourne au théâtre pour la première fois, au Monfort, dans une salle pleine de gens heureux et excités de se retrouver à nouveau là, et malgré une chaleur de dingue, je frissonne. La générosité des corps, l’engagement des acteur·ices, cet univers extraordinaire du Munstrum Théâtre que je découvre pour la première fois, m’enivrent. J’ai mis un long moment à redescendre, c’était comme tomber amoureux à nouveau. Et c’était bon !

Quelles belles rencontres ont marqué votre parcours ?
Mes professeurs de théâtre, qui ont guidé mes premiers pas sur scène, Axel Blind, Arnaud Denis, Jean-Laurent Silvi, Béatrice Agenin, Jérôme Huguet, Maxime d’Aboville, Pierre Forest. J’ai eu la chance de travailler avec certains, à leurs côtés ou sous leur direction, sentiment inestimable. Puis il y a eu Thierry Harcourt, Mario Batista, Delphine Depardieu, Stephan Peyran, et évidemment tous mes partenaires de scène. Toutes ces personnes m’ont aidé à me construire et à me comprendre en tant qu’artiste, à comprendre ce métier et à imaginer la place que je pouvais y prendre.

Où puisez-vous votre énergie créative ?
Partout, dans les détails les plus insignifiants, dans les hasards de la vie, dans les souvenirs et les visages de mon enfance, chez mes professeurs d’école, dans la nature, les détours, les livres, les films et les dessins animés, les vieilles chansons françaises, le fantastique, le médiocre, chez les autres, les marginaux, dans tous ceux qui ont façonné la personne que je suis aujourd’hui. J’adore les invitations à déplacer les regards, à faire un pas de côté.

Arthur Cachia - Naïs © Clément Pellerin
« Naïs » de Marcel Pagnol © Clément Pellerin

En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
J’aime le travail, et j’aime mon travail. Il nourrit ma vie et ma vie le nourrit, tout ne fait qu’un. Le théâtre est le lieu où je passe le plus clair de mon temps. J’y vais tôt, il me recentre, me structure, ce peut être un lieu de catharsis aussi. J’y suis complètement libre. Tout s’articule autour du théâtre dans mon quotidien, je m’y perds parfois. Quand ça va moins bien, je sais que la scène est là pour me prendre en charge. Je n’ai plus à penser à rien, c’est même reposant. On monte sur scène et on met pause.

L’art et le corps

Que représente la scène pour vous ?
Un lieu où tout est possible mais où tout est à reconstruire, constamment. La scène pour moi serait un lieu où on prendrait soin des rêves des gens, et des nôtres. Un lieu où la joie serait toujours la plus forte.

Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Le regard, le cœur et la mémoire. Et partout ailleurs, parfois dans les pieds peut-être, à vrai dire je ne le conscientise pas forcément. Mais quand même, le regard est sacrément important ! Les yeux ont pour moi un pouvoir fou, dans le jeu, dans la création, dans tout.

Rêves et projets

Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
Julie Deliquet, Steven Spielberg, Le Munstrum Théâtre, Joël Pommerat, Delphine Cottu, et des amis avec lesquels je rêve de jouer depuis des années : Delphine Depardieu, Audran Cattin, et tant d’autres… C’est formidable ce métier et en même temps c’est terrible, on sait qu’on ne pourra pas tout faire, alors on rêve ensemble et ce n’est déjà pas si mal de rêver non ?

Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Assister à la toute première représentation publique de Cyrano de Bergerac. Mythique.

Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Une œuvre inachevée par pitié ! Un croquis, une ébauche, une feuille vierge, laissant envisager mille possibilités d’évolution, ou peut-être la silhouette évaporée d’une gitane…


Les Justes D’Albert Camus
Spectacle vu en septembre 2025 au
Théâtre de Poche-Montparnasse
Théâtre des Gémeaux AvignonFestival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 13h sauf mercredi
durée 1h10

Mise en scène Maxime d’Aboville
Avec Arthur Cachia, Étienne Ménard ou Anthony Cochin, Oscar Voisin ou Reynold de Guenyveau, Marie Wauquier
Costumes et scénographie de Charles Templon assisté de Pixie Martin

Création sonore de Jason Del Campo
Toile peinte de Marguerite Danguy des Déserts
Lumière d’Alireza Kishipour


Le Schpountz de Marcel Pagnol
Mois Molière Avignon – Le petit LouvreFestival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026 à 9h55, sf jeudi
Durée 1h30.

Adaptation d’Arthur Cachia
Mise en scène par Delphine Depardieu & Arthur Cachia
Avec : Arthur Cachia, Axel Blind, Milena Marinelli, Simon Gabillet, Jean-Benoît Souilh, Patrick Chayriguès
Costumes : Marion François
Lumières : Didier Brun
Musique et Son : Polérik Rouvière.

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