Seul face au public, un homme sort du noir, s’installe dans un carré de lumière et attend. Chemise bleue, jean sombre, souliers neufs, l’allure est soignée. La sape, les costumes, le style, ça compte. Le bagout et la gouaille aussi, mais tout est tempéré, retenu. Il en impose naturellement. Il parle simplement, avec ses mots, ses silences.

Voilà vingt-sept ans que Michel Vaujour vit derrière les barreaux. Pour une fois, la loi pourrait jouer en sa faveur. Son sort dépend désormais d’un juge qui doit motiver sa décision et de quelques cases à cocher. Mais avant d’aller plus loin, l’homme a besoin de remonter le fil de sa vie, de revenir sur ce qui l’a mené jusque-là.
L’enfance par le manque
Tout commence dans la Marne. De son enfance, il ne garde que peu de souvenirs. Comme ses potes et les autres gamins du coin, il traîne, s’ennuie, chaparde. Il ne dit pas qu’il vole des voitures, il préfère dire qu’il les » emprunte « , puisqu’il finit toujours par les ramener. Jusqu’au jour où la police le serre. La justice, elle, ne lui accorde aucune clémence. Il prend trente mois ferme. À sa sortie, il se range quelque temps. Puis, lors d’un contrôle, il se fait prendre sans permis. À l’idée de retrouver le béton froid de la cellule, il fuit, traverse la Saône à la nage, mais se fait reprendre sur l’autre rive.
Sa vie prend alors ce rythme. Sortir, recommencer, être repris. Puis il rencontre son frère d’armes, dont il épousera la sœur, Nadine. Avec lui viennent les braquages et le grand banditisme. La police le rattrape toujours, mais lui cherche déjà la faille. Il observe, attend, réfléchit et prépare sa prochaine évasion. Et à ce jeu-là, il est très fort.
Toujours une brèche
Ses échappées belles sont souvent rocambolesques, certaines ont tout d’un film. À la Santé, sa femme Nadine vient le chercher en hélicoptère sur le toit de la prison. Plus tard, Djamila, visiteuse de prison tombée amoureuse de lui, prend à son tour des pilotes en otage pour l’aider à s’évader.
Puis la loi change la donne. Après des années passées à forcer la sortie, Michel Vaujour doit se ranger, cesser de penser à la fuite et, cette fois, attendre qu’on lui ouvre la porte.
Faire surgir un monde

En adaptant le documentaire de Fabienne Godet, coécrit par Frank Vassal, Zabou Breitman choisit l’épure, un geste simple mais pleinement incarné. Le plateau reste presque nu, le noir domine, tandis que la lumière d’Éric Soyer découpe l’espace et dédouble les ombres. Un parloir se dessine, une cellule, un couloir de tribunal. Un geste suffit à donner vie à un personnage, une voix off à convoquer la mère, la sœur ou les amis. Tout passe par le corps, les ombres, le son et l’imaginaire.
La gouaille sous contrôle
Seul en scène, Yannick Choirat prête à Michel Vaujour une présence immédiate. Sans chercher à l’imiter, il en retrouve le débit, les silences et cette retenue qui traverse son récit. Tout se joue dans les détails, un regard, une inflexion, une manière de bouger ou, au contraire, de rester immobile.
Les braquages, les récidives, les cavales restent en filigrane. L’important est ailleurs, dans les contradictions du personnage. Derrière le bandit se dessine peu à peu un homme plus complexe, obstiné, drôle parfois, qui a passé vingt-sept années en prison et n’a cessé d’en chercher l’issue.
Yannick Choirat en restitue l’aplomb, l’humour et les fêlures. Autour de lui, des ombres, des voix, quelques éclats de lumière. Zabou Breitman s’en tient à cette simplicité et laisse l’acteur porter le récit. De cette épure naît un spectacle tendu, vivant, à l’image de cet homme qui aura passé une bonne partie de sa vie à chercher la sortie.
Ne me libérez pas je m’en charge d’après le film de Fabienne Godet, co-écrit par Frank Vassal, avec la participation de Michel Vaujour
Théâtre de la Concorde
du 15 au 30 septembre 2026
durée 1h environ
Adaptation et mise en scène de Zabou Breitman
Avec Yannick Choirat
Régie générale de Laurent Mathias
Lumières d’Éric Soyer
Son de Yoann Blanchard
Musique de Delphine Malaussena
Accessoire – Elise Chevrou
Magie – Yann Frisch



