Quand le théâtre tient bon face aux secousses du monde

Édito du 29/09/2025
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La scène semble un refuge, un lieu de tous les possibles. Puis la réalité s’invite brutalement et rappelle combien l’art reste poreux aux fractures du monde. À Lyon, alors qu’ils venaient de livrer avec Version(s) une performance bouleversante sur la transmission et la vulnérabilité des corps noirs, Dorothée Munyaneza et Ben LaMar Gay, accompagnés de leur ami, le poète et cinéaste Julian Knxx, ont été violemment pris à partie dans un bar de la Croix-Rousse. Les insultes racistes et les coups, l’indifférence des témoins, ont révélé combien le poison de la haine circule encore. Le lendemain pourtant, les deux artistes étaient de nouveau sur scène. Plus fragiles, sans doute profondément choqués, mais ils étaient debout et soudés, transformant leur spectacle en un acte de résistance.

À Paris, Philippe Quesne venait d’annoncer son départ de la Ménagerie de Verre. Trois années passées à tenter de faire vivre l’esprit du lieu tourné vers la danse. Trois années à chercher à croiser les disciplines, à ouvrir les portes, à inventer des formats légers et atypiques. Mais face aux rigidités administratives et aux querelles statutaires, le metteur en scène préfère tourner la page et rêver à ses prochaines créations.

Et pourtant, malgré la fragilité du secteur et les tensions économiques, la rentrée théâtrale pulse d’une énergie qui ne demande qu’à se déployer. Les Centres dramatiques nationaux ouvrent les uns après les autres leurs portes. À Reims, Chloé Dabert met en tension les passions et les dilemmes de Marie Stuart de Schiller. À Caen, Aurore Fattier revisite Le Dindon de Feydeau, satire grinçante des hypocrisies bourgeoises. À Rennes, Pascal Rambert poursuit sa quête de vérité avec Les Conséquences. À Béthune, Cédric Gourmelon exhume un Shakespeare méconnu, Édouard III. Comme pour rappeler que les marges du répertoire restent des terres fertiles.

Au-delà de nos frontières, le Théâtre de Vidy, où se joue actuellement la dernière création du metteur en scène et cinéaste Christophe Honoré, Bovary Madame, se prépare à l’effervescence de son Tempo forte automnal. À Paris, le Festival d’Automne esquisse le portrait du chorégraphe François Chaignaud. À Limoges, les Francophonies continuent de faire vivre les récits d’ailleurs. Partout, les scènes bruissent de voix multiples : grands textes et écritures d’aujourd’hui, répertoires et créations.

Ce début de saison ressemble à notre époque. Fracturé. Tendu. Parfois brutal. Mais traversé aussi par une vitalité indomptable. Le théâtre refuse de céder, de plier, malgré les coups, malgré les départs, malgré les doutes. Il s’affirme comme un lieu où l’on affronte le monde pour mieux le transformer.

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