Dix ans ont passé depuis ce soir de novembre où Paris s’est figé, où la musique s’est tue, où le Bataclan et les terrasses sont devenus des lieux de mémoire. Il a fallu réapprendre à vivre, à ne pas céder à la peur ni à la haine, à défendre nos modes de vie, à retourner dans les bars, les salles, les lieux de partage.
Les jours d’après furent emplis de silence, de vigilance, d’une étrange gravité. Chacun garde ses images, ses souvenirs d’une nuit où nos vies furent atteintes en plein cœur. À l’époque, Coups d’Œil s’appelait encore L’Œil d’Olivier ; les premiers retours en salle furent Madame de Rémi De Vos au Théâtre de l’Œuvre, puis Résiste au Palais des Sports.
Chaque bruit, chaque grincement tenait alors en alerte. Puis la magie du spectacle vivant reprenait ses droits. Il a fallu du temps, non pour oublier, mais pour apaiser cette sur-vigilance. Plus tard, Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris, incarné par Raphaël Personnaz au Rond-Point, apporta une réponse douce et humaine à la sidération.
Aujourd’hui, la série Des Vivants sur France 2 prolonge ce travail de mémoire. Jean-Xavier de Lestrade y raconte la vie d’après, celle de sept rescapés du Bataclan, otages un soir, amis pour la vie. Elle explore la reconstruction, la parole retrouvée, la difficulté du quotidien, mais aussi l’élan vital qui renaît dans les rires, les chansons, les gestes partagés. Éprouvante et lumineuse, elle porte la mémoire des victimes et célèbre la force du vivant.
Pourtant, les tensions du monde demeurent. Jeudi dernier, à la Philharmonie, le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël s’est achevé dans la confusion : fumigènes, cris, évacuations, hymne joué dans un climat d’affrontement. Quand la musique devient champ de bataille, c’est la possibilité du dialogue qui vacille. Et cependant, c’est encore par l’art que passe la résistance à la haine.
Ailleurs, le théâtre poursuit sa route. À Vire, Charlotte Lagrange prendra bientôt la direction du Préau – CDN de Vire–Normandie, avec un projet sensible, ancré dans le territoire et ouvert à celles et ceux qui font le monde d’aujourd’hui. En décembre, le festival Impatience, dédié à la jeune création, sera présidé par Caroline Guiela N’Guyen, avec la même énergie de transmission et de renouvellement.
Dix ans ont passé. La blessure demeure, mais la scène, la musique et la fiction continuent d’inventer l’après. Face à la peur, choisir de résister. Et, malgré tout, rester vivants.