Les murs du hall d’entrée du Théâtre du Nord sont garnis de représentations de papillons aux motifs alaires orangés bordés de noir. Ces effigies symbolisent les Monarques, l’allégorie imaginée par Emmanuel Meirieu pour aborder la question des migrants.
Une énigme de la nature

Ces papillons, regroupés en essaims, ont la spécificité de migrer du Canada jusqu’au Mexique, où ils arrivent le jour de la fête des morts. Leur autre particularité est que s’ils perdent ou s’abîment une aile, on peut leur en greffer une autre, avec celle d’un congénère décédé où d’une pièce rapportée, une plume d’oiseau. Les dérèglements climatiques et les ravages de la société moderne menacent leur survie. Pour lancer l’alerte, le Canadien et parapentiste Benjamin Jordan a suivi leur migration, à bord d’un objet volant non motorisé de son invention.
Pour une métaphore bouleversante
Au Mexique, de nombreux candidats à l’exil cherchent à atteindre la frontière américaine. Ils prennent clandestinement un train de marchandises qui traverse le pays du sud au nord. Ce train, les migrants l’ont nommé La Bestia (La bête). Les accidents, très souvent mortels, sont nombreux. Tout le long de la route, des centres de soins ont été mis en place pour réparer les membres et même les remplacer. Considérés par les mexicains comme étant des porteurs de « l’âme des morts », Les Monarques sont devenus pour ces passagers de l’extrême, leur emblème.
Deux tons, deux couleurs…
Pour mettre en relation ces deux histoires, Emmanuel Meirieu a choisi deux styles narratifs bien distincts. Le premier est cinématographique, sous la forme d’un petit film, aux couleurs des supers 8. En voix off, Benjamin (attachant Julien Chavrial) raconte son enfance au Canada, sa passion pour ces papillons et son étonnant voyage.

L’écran se lève et nous passons à la forme théâtrale. Comme dans Dark was the night, le travail scénographique, que Meirieu co-signe avec Seymour Laval, est saisissant. La Bestia est devant nous, avec ses migrants accrochés aux échelles où installés sur le toit. L’ouvrage de la plasticienne Emily Barbelin est remarquable.
Voyage au bout de l’enfer pour atteindre l’Eldorado
Arrive sur le quai, Jean, l’haïtien (exceptionnel Jean-Erns Marie-Louise), un bras en moins, accroché à lui, Santiago devenu un bout d’homme. Ils sont tombés de la Bestia. Maintenant réparés, ils vont y remonter. Et puis, il y a cette femme enceinte (émouvante Odille Lauria) qui veut offrir à son enfant une meilleure vie. Benjamin arrive. Celui qui sait réparer les papillons offre à Jean les ailes de son parapente pour lui permettre de passer de l’autre côté du mur construit sous la première présidence de Trump. Cet entrelacement d’histoires écrites collectivement, constituée de blessures, de reconstructions, d’entre-aide, allume d’une lueur d’espoir sur notre humanité.
Envoyée spéciale à Lille
Les Monarques, texte d’Emmanuel Meirieu et Jean-Erns Marie-Louise, avec la complicité de Julien Chavrial et Odille Lauria
Théâtre du Nord, CDN Lille Tourcoing Hauts-de-France,
dans le cadre de Fiesta, 7ème édition thématique de lille3000
Du 30 octobre au 7 novembre 2025.
Durée 1h25.
Tournée 2025-2026
12 et 13 novembre 2025 Théâtre de Bourg-en-Bresse
21 novembre 2025 Le Vallon, Landivisiau
16 au 21 janvier 2026 Théâtre des Quartiers d’Ivry, Ivry-sur-Seine – avec le Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine
29 et 30 janvier 2026 MC2 Grenoble
26 et 27 mars 2026 Théâtre d’Aurillac
2 avril 2026 L’Estive, Foix
8 au 11 avril 2026 Festival Mythos, Rennes
22 au 26 avril 2026 Les Célestins, Lyon
28 et 29 avril 2026 CDN de Normandie, Rouen
5 et 6 mai 2026 Le Volcan, Le Havre
19 et 20 mai 2026 Le Bois de l’Aune, Aix-en-Provence
21 mai 2026 Le Tangram, Evreux
26 mai 2026 Anthéa – Antipolis, Antibes.
Mise en scène Emmanuel Meirieu
Avec Julien Chavrial, Odille Lauria, Jean-Erns Marie-Louise
Décor Seymour Laval, Emmanuel Meirieu
Sculptures, marionnettes, mannequins et accessoires Emily Barbelin
Costumes Moïra Douguet
Lumière Seymour Laval
Son et musique Félix Muhlenbach
Régie plateau Camille Lissarre
Renfort régie Jérémie Angouillant.