Au premier étage de ce lieu culturel du Marais, une fois la porte passée, la salle semble se métamorphoser en grotte. La pénombre aidant, l’atmosphère se fait ouatée, la ville s’efface déjà. Le voyage immobile commence. Des tapis recouvrent le sol, des coussins invitent à s’étendre. Quelques objets posés çà et là, font écho à la nature. Aux cintres, des kakémonos suspendus portent des noms de lieux, d’animaux, de plantes et ouvrent un espace propice au rêve, à la méditation.

Imaginée par Céline Diez, la scénographie prend la forme d’une véritable installation, Jardin d’écoute, accessible en dehors des représentations. Ce dispositif enveloppe le public, invite les enfants à se lover au sol et offre aux adultes un espace où déposer le quotidien pour enfin se détendre. Imperceptiblement, le voyage a déjà commencé.
Une balade sonore et visuelle
Une voix douce rompt le silence et pose les premiers jalons de cette performance. À la suite d’un colloque scientifique, Mickaël Chouquet et Balthazar Daninos, accompagnés de Christophe Havard à la création sonore, sillonnent durant deux ans le territoire grenoblois. Dans les montagnes alentour, ils rencontrent des habitantes et des habitants, partagent leurs expériences, enregistrent sur des enregistreurs sensibles les paysages, recueillent des voix.
Peu à peu, ces fragments composent une cartographie du territoire qui passe parles sens. Par moments, les paroles se retirent et laissent place aux sons. Les bruits de la ville surgissent d’abord, un bus, des vélos, puis s’éloignent. Le brouhaha se dissipe. L’eau coule au loin, les cailloux crissent sous les pas. À partir des entretiens menés en Isère, le trio tisse un conte contemporain qui poétise le réel.
Au centre, un bassin d’eau figure un lac puis, au gré des manipulations, devient marée de nuages ou voile de brouillard. Autour, les artistes frottent le bois, font vibrer les verres, composent en direct la matière sonore. La montagne iséroise prend forme, habitée de présences humaines, animales et végétales.
Une ballade immobile et immersive
Le voyage reste immobile mais aiguise l’attention. Il conduit à entendre autrement l’ordinaire du monde, à distance du vacarme quotidien. Le Journal d’une exploration sonore ouvre une parenthèse, suspend le temps. L’expérience déplace le regard, amène à considérer le vivant autrement et, surtout, à lui accorder le temps de l’écoute.
Le journal d’une exploration sonore de Le Groupe n+1
MAIF Social Club
du 21 au 28 février 2026
durée 45 min
Conception Le Groupe n+1
Avec Mickaël Chouquet, Balthazar Daninos et Christophe Havard
Composition sonore de Christophe Havard
Scénographie de Céline Diez assistée de Charlotte Bessières et Lilie Doire
Conception lumières de Jean-Yves Courcoux et José Lopez
Régie technique et lumières – Florian Méneret, Pierre Galais, Xavier Proença