Littéral de Mathieu Lorry Dupuy, sculpture en sel brut issu des Salins d’Aigues-Mortes, 2023-2025 ©Jean-Louis Carli
Littéral de Mathieu Lorry Dupuy, sculpture en sel brut issu des Salins d’Aigues-Mortes, 2023-2025 ©Jean-Louis Carli

Voir la mer : la plongée en eaux profondes du MAIF Social Club

Avec sa nouvelle exposition, le lieu culturel et d’expérimentation du Marais invite, du 11 octobre 2025 au 25 juillet 2026, à explorer les océans et leurs ressources à travers les œuvres de quatorze artistes contemporains.
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Plus encore que l’eau, la mer incarne l’inconscient dans toute son immensité – ce grand miroir mouvant où se mêlent mystère, profondeur et vertige. Elle est la matrice du vivant, la mère originelle et nourricière, à la fois berceau et reflet de nos émotions. Féminine, insaisissable, elle change au gré des vents, comme nos désirs et nos peurs. « La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs / A des reflets d’argent… » chantait Charles Trenet, rappelant que son éclat n’est jamais le même, toujours mouvant, toujours vivant.

Florent Héridel, directeur artistique du lieu, Lauranne Germond, commissaire de l’exposition, et Benjamin Gabrié, scénographe, invitent à traverser un espace fait de pendillons aux multiples couleurs où la grisaille parisienne s’efface peu à peu. Entre poésie et engagement, Voir la mer rappelle que l’océan, vaste régulateur du climat et du cycle de l’eau, absorbe chaque jour une part essentielle du dioxyde de carbone produit par l’humanité. Mais cette puissance silencieuse, essentielle à la vie, vacille sous l’effet de la pollution et du réchauffement.

De la surface aux abysses
Sculpture de Charlotte Gautier van Tour © Jean-Louis Carli
Sculpture de Charlotte Gautier van Tour © Jean-Louis Carli

Le parcours entraîne le visiteur d’un horizon familier vers les profondeurs où la lumière s’éteint. Pour ouvrir ce voyage à la fois visuel, réflexif et sensoriel, Charlotte Gautier Van Tour invite à plonger dans l’univers du plancton, cette matière première du vivant. Dans une sculpture immersive et hypnotique, elle en révèle la richesse et la fragilité, évoquant ces milliards d’organismes invisibles à l’origine de toute chaîne alimentaire.

juste après, les créatures en grès et grès émaillé d’Elsa Guillaume dialoguent avec de véritables spécimens abyssaux prêtés par l’ONG Bloom, brouillant les frontières entre mythe et biologie.

La main de l’homme

Puis surgit une forêt de coraux éclatante de couleurs. En s’approchant, on découvre qu’elle mêle coquillages et plastiques. Même au fond des mers, la trace humaine persiste. Dans cet univers où beauté et inquiétude se confondent, la scénographie compose un voyage sensible, du merveilleux à la lucidité.

Après avoir traversé un nouveau rideau, la lumière revient, étincelante. Un rivage de sel blanc, presque irréel, fige le temps dans le silence. Une femme immobile y semble pétrifiée. Cette œuvre de Matthieu Lorry Dupuy, scénographe du spectacle vivant, condense à elle seule la tension entre fascination et désastre, entre fantasme et réalité climatique.

Les effets de la mondialisation
Elsa Guillaume, Série Hieronymus, sculptures en grès et en grès émaillé, 2019-2022 © Jean-Louis Carli

Sous une passerelle évoquant le pont d’un paquebot, des poissons factices – détournés de jouets pour animaux – s’agitent dans une étrange chorégraphie. Plus loin, d’immenses mégots, des costumes aux différentes nuances de rose rappelant la couleur de la chair de saumon, ainsi que d’autres objets du quotidien transformés, incarnent les dérives d’un capitalisme qui exploite la mer à outrance. L’humour devient ici un moyen de résistance, une arme douce face à l’absurdité de la consommation.

L’exposition oscille entre enchantement et vertige. On passe d’une balade poétique parmi la faune et la flore marines à la vision d’un océan saturé de plastique, en traversant des paysages d’épaves, de flux de données et d’utopies englouties. Chaque œuvre réinvente notre rapport à la mer – non plus comme simple décor, mais comme partenaire de survie.

L’océan, miroir du monde

Héros de nos mythes et pilier de notre économie, l’océan est aujourd’hui un géant blessé. Témoin des excès humains, il demeure pourtant un espace de rêve et de régénération.

Voir la mer n’est pas une exposition environnementale de plus, mais une immersion poétique et critique dans l’immensité du vivant. Elle nous rappelle que la profondeur de la mer ne se mesure plus seulement en mètres, mais aussi en conscience.


Voir la mer
MAIF Social Club
du 11 octobre 2025 au
Entrée libre et gratuite du lundi au samedi

Commissariat – Lauranne Germond
Scénographie – Benjamin Gabrié

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